André de Barsy est connu comme le loup blanc, du moins des administrateurs des sociétés dont il est actionnaire minoritaire (Tessenderlo, Nyrstar, Proximus, Spadel…). Son dada ? Comprendre ce qui s’y passe en décortiquant les comptes et les communiqués, repérer les anomalies et poser des questions lors des assemblées générales. C’est ce qu’il fera ce jeudi matin à l’AG ordinaire d’Immobel, dont il est actionnaire depuis "fort longtemps".

Une AG qui doit entre autres avaliser les comptes 2015 et confirmer la cooptation de nouveaux administrateurs. Même s’il est abordé indirectement, le rachat d’Allfin, un concurrent qui cartonne, n’est pas à l’ordre du jour. Un rachat qui interpelle M. de Barsy : "Outre le fait qu’il est déséquilibré, le processus a violenté le droit et les pratiques usuelles dans la vie des sociétés cotées." Et, par principe, cela le chiffonne.

Rétroactes. En septembre 2014, Marnix Galle, patron-fondateur de la société de développement Allfin, rachète aux héritiers de Ronny Bruckner le "paquet" d’actions Immobel initialement aux mains de Tractebel. Soit 29,85 % du capital d’Immobel, juste en dessous du seuil plus contraignant de 30 % (qui oblige son détenteur à déposer une offre publique d’achat). Objectif avoué : donner une pérennité à ses affaires et assurer les arrières de ses descendants. Dont coût : quelque 55 millions d’euros. Moins d’un an plus tard, fin juin 2015, "La Libre" révèle qu’Immobel et Allfin préparent une fusion. Ce que confirme a posteriori Immobel. "Une entorse à ce que l’on appelle l’information sensible, indique M. de Barsy. Le conseil d’administration, au courant de ce rapprochement qui pouvait influencer la cotation, devait prévenir le public."

"Comme par enchantement"

Deux mois plus tard, Immobel annonce abandonner l’option fusion avec Allfin et, dans la foulée, de grands chambardements à la tête d’Immobel : départ du CEO, Gaétan Piret, fin de l’année et reprise immédiate du mandat de Paul Buysse, président du conseil d’administration, par Marnix Galle. D’autres remplacements à la direction et au conseil interviendront par la suite. "Dont coût : des indemnités de départ de plus de 2 millions d’euros et des frais d’études liés à la fusion qui n’a pas abouti de plus de 2 millions d’euros aussi ! C’est dans les comptes 2015 à entériner", relève M. de Barsy.

Le 6 avril, "comme par enchantement, et à peine un mois après le remplacement du dernier administrateur indépendant", le second essai de fusion réussit. Immobel est valorisée à 201 millions d’euros; Allfin à 286 millions; au final, Marnix Galle détiendra 58,77 % du nouvel Immobel. "On a donné à un actionnaire un poids excédentaire par rapport à sa participation au capital, juge André de Barsy. On est devant une situation où le rôle du conseil d’administration et des administrateurs indépendants n’est pas respecté. Ils ne doivent pas se rebeller contre l’actionnaire mais pas non plus lui donner carte blanche."

Des administrateurs indépendants qui ont joué un drôle de jeu, selon lui. "Le 6 avril, par voie de communiqué, Immobel fait savoir que la fusion a été négociée entre les actionnaires d’Allfin et les administrateurs indépendants d’Immobel ! On rend publique une décision comme si seuls les administrateurs indépendants décidaient. Avant même l’approbation par le conseil d’administration complet d’Immobel qui se fera le 18 avril ! C’est suspect." Et d’ajouter : "Il est question, ce jeudi, de confirmer la cooptation d’administrateurs. Certains - dont Pierre Nothomb (Deminor) pour ne pas le citer - ont participé à la négociation finale du projet de fusion. S’ils ne sont pas confirmés, ce qu’ils ont négocié, c’est ‘poubelle’? Et Pierre Nothomb est-il si indépendant que cela ? Il a fait une étude de valorisation pour Allfin et est bombardé administrateur d’Immobel."

Des questions qu’il compte poser à l’assemblée, il n’en dira rien de précis. Par contre, il évoque le peu d’espoir qu’il a de voir d’autres actionnaires minoritaires se manifester. "L’absentéisme, c’est quelque chose de pervers dans la vie des sociétés. Il suffirait que 15 % des actionnaires minoritaires se mobilisent pour mettre beaucoup de pression sur l’actionnaire minoritaire ‘de référence’."


Marnix Galle gagnant, mais Immobel aussi

La manière dont Marnix Galle se retrouvera, si les actionnaires l’acceptent, détenteur de près de 60 % d’Immobel, indigne M. de Barsy. "Sans débourser un euro ! En réalité, il se rémunère par une opération financière. Pour avoir le contrôle d’Immobel, il apporte cher un bien qu’il possède : Allfin. Il paye son contrôle avec les titres d’Allfin qu’il possède et dont il reprendra le contrôle via Immobel. Il valorise sa propre société et l’affaire est bouclée."

Il n’empêche, les marchés financiers et immobiliers ont l’air d’apprécier, si pas la manière, à tout le moins les promesses. Et le résultat. Depuis qu’il est aux commandes, Immobel a pris un coup de jeune; des projets refont surface; une communication plus dynamique a été mise en place, etc. La veille de l’annonce de la fusion, le cours d’Immobel affichait 41,51 €. Le lendemain, 45,7 € + 10 %. "Mais en juin 2015, il était à 52 € et encore à 48 € avant un certain communiqué de décembre 2015" dans lequel Immobel annonçait de mauvais résultats 2015 et de piètres perspectives futures.