La croissance est bien là, à défaut d’être spectaculaire au sein du groupe d’assurances P&V. L’encaissement a par exemple enregistré en 2012 une hausse de 4 % à 1,6 milliard d’euros (+6 % pour le non-vie et +4 % pour l’assurance vie). Les différentes entités du groupe ont aussi toutes enregistré un bénéfice (126,1 millions pour Vivium, qui représente 63 % de l’encaissement total). La marge de solvabilité est également en hausse, à 217 %. Et, ce qui ne gâte rien, le taux de satisfaction des clients, des agents et des courtiers s’améliore.

"Ce sont de bons résultats et pour de bonnes raisons car nos résultats enregistrent une amélioration structurelle", résume Hilde Vernaillen. Si les chiffres sont bons, la tâche de la CEO du groupe P&V n’en est pas pour autant aisée : "l’environnement de taux bas dans lequel nous vivons aujourd’hui est le plus grand défi auquel doivent répondre les assureurs".

Les produits de branche 21 ont-ils encore un avenir dans cet environnement de taux bas ?

Tout à fait, mais il faut aussi accepter que les produits vie rapportent moins qu’auparavant. Si nous baissons les taux garantis, c’est tout simplement pour assurer l’avenir et préserver les intérêts de chacun. La finalité d’un assureur, c’est de garantir le bien-être de ses clients. C’est ce que nous faisons, que ce soit en non-vie ou en vie. Offrir une garantie de capital sur 30 ans, par exemple, c’est quand même une belle garantie. C’est vrai que dans le contexte actuel, le client aura un rendement loin d’être mirobolant, mais il aura un rendement correspondant à la réalité des taux. Il aura aussi la garantie de récupérer son capital, ce qui est loin d’être négligeable quand on garde en mémoire tous les drames qu’il a pu y avoir avec la crise, notamment de personnes qui ont acheté des produits structurés en pensant que le capital était garanti alors qu’il ne l’était pas.

La tendance est de revenir vers des produits plus risqués, notamment parce que le sans risque comme la branche 21 ne rapporte plus grand-chose.

C’est vrai que beaucoup d’assureurs sont en train de réorienter leur offre vers la branche 23. Le ferons-nous ? C’est possible, mais dans une approche plus globale. Sur le plan philosophique, cette réorientation ne me semble toutefois pas la bonne chose à faire, parce que l’assureur fait porter le risque à l’individu. Je vous avouerai que je suis franchement très inquiète quand j’entends la façon dont certains de ces produits sont de nouveau vendus. Dans certains de ces produits, on retrouve des choses que les gens ne sont pas capables de comprendre.

Comme si la crise n’avait pas eu lieu ?

J’ai en effet l’impression que le secteur a la mémoire courte. Je n’ai rien, comprenez bien, contre les produits hybrides, pour autant que les gens qui les achètent comprennent ce qu’ils achètent et surtout que ces personnes sont à même d’assumer le risque qu’ils prennent. Ce n’est vraiment pas le cas de tout le monde.

La question des taux reste délicate : les demandes des assureurs de baisser le taux légal garanti en assurance groupe ont été largement critiquées…

Je comprends les réactions des partenaires sociaux et je sais que la discussion ne sera pas facile. Je voudrais toutefois rappeler que la loi a été adoptée lorsque la réalité était toute différente. Notre défi à tous est simple. Soit on adapte la loi afin de maintenir un système qui parvient quand même à nous constituer une pension complémentaire, soit on ne touche pas à la loi et cela aura notamment pour conséquence que, demain, il n’y aura plus aucun nouveau plan de pension.

Les taux du marché sont bas. Or, vous devez parfois encore garantir des taux de 4,75 %. Est-ce tenable ?

C’est vrai que nous avons encore des engagements à 4,75 ou à 3,75 %, alors que les taux belges à dix ans sont loin de donner du 4,75 %. Le taux sur le portefeuille global diminue toutefois lentement et nous diversifions nos investissements pour faire face à nos engagements. Nous investissons un peu plus dans les obligations d’entreprise. Nous regardons aussi le marché immobilier. Quoi qu’il en soit, nous avons des provisions suffisantes pour faire face à nos engagements. Nous avons d’ailleurs reçu une dispense de provision complémentaire de la part de la Banque Nationale de Belgique, ce qui n’a pas été le cas de tout le monde.

C’est vrai que le gouverneur de la BNB avait souligné voilà quelques mois que certains acteurs lui donnaient quelques soucis. Cela vous inquiète ?

Si un concurrent a des problèmes, cela entrave toute la confiance du secteur. Et nous sommes quelques-uns à être attachés à la bonne réputation du secteur et à ne pas prendre de risques qui nous remettraient dans la position dans laquelle le secteur s’est retrouvé voilà peu. Il appartient à chaque acteur de prendre ses responsabilités et de maîtriser le risque.