Nouvelle petite tuile sur l’avion de ligne présenté comme le plus moderne, le B787 Dreamliner de Boeing. Il y a deux semaines, l’Agence fédérale américaine de l’aviation (Federal Aviation Administration, FAA) a publié une directive de navigabilité demandant aux compagnies aériennes d’effectuer "une maintenance renouvelée" des générateurs d’électricité, et de les désactiver régulièrement.

L’autorité régulatrice de l’aviation motive cette directive par le fait d’avoir constaté, sur le "Modèle 787" de Boeing, un risque de coupure générale d’électricité après maintien sous tension du système de générateur durant 248 jours. Toujours selon la FAA, le souci vient des unités de contrôle de générateur (GCU), qui se mettraient en panne simultanément.

Un avion très électrique

Pas drôle parce qu’en cas de panne électrique générale, plus rien ne fonctionne dans un aéronef, ni les moteurs, ni les commandes de vol, ni le conditionnement d’air, ni la pressurisation, rien. Et encore moins dans un B787, l’avion le plus "électrifié". D’où le risque - minime, mais quand même - que l’avion devienne incontrôlable en vol.

Sur un avion bimoteur comme le 787, il y a six générateurs d’électricité principaux, quatre recevant la puissance des réacteurs, deux autres faisant partie du groupe auxiliaire de puissance (Auxiliary Power Unit, APU), alimentés par une turbine à gaz se trouvant à l’arrière de l’avion, dans le cône de queue. L’APU fournit l’électricité nécessaire lorsque l’avion est au sol, et peut être utilisé en complément durant le vol.

Le travail de ces générateurs doit être contrôlé, notamment en terme de tension et de phasage, et coordonné. C’est le fait des unités de contrôle de générateur (Generator Control Unit, GCU), boîtiers numériques qui, d’une certaine manière, discutent entre eux pour adapter la production d’électricité à la demande.

Un besoin qui, sur le Dreamliner, est nettement plus important que sur les autres aéronefs en exploitation actuellement. A cause de sa grande consommation d’électricité, le B787 est équipé de batteries tellement puissantes qu’en janvier 2013, elles ont connu des départs de feu qui ont immobilisé l’avion au sol pendant trois mois.

Ce qu’anticipe ici la FAA est moins grave : au bout de 248 jours de fonctionnement sans interruption, un compteur interne fait basculer les générateurs dans un mode de fonctionnement altéré qui peut mener à la panne générale. Huit mois sans interrompre le fonctionnement des unités de contrôle de génératrice, donc huit mois sans couper le courant d’un avion, c’est énorme, mais pas tout à fait impensable, dans le cas d’appareils utilisés à un rythme de rotations infernal. D’autant que, paraît-il, après un arrêt total d’alimentation électrique, le 787 n’est pas facile à redémarrer…

Nouveau logiciel

On arguera qu’en cas de panne générale, il reste l’éolienne de secours qui se déploie pour suppléer aux besoins de pression hydraulique et d’électricité, les batteries embarquées assurant la transition. Mais tout de même, mieux vaut ne pas en arriver là. Boeing a annoncé un nouveau logiciel pour les unités de contrôle de générateur d’ici la fin de l’année et, entre-temps, les compagnies aériennes suivent les instructions du régulateur américain de l’aéronautique. Mais c’est un nouveau petit souci dont le beau Dreamliner se serait bien passé.