Le juge d’instruction Michel Claise a été chargé par la section financière du parquet de Bruxelles, qui avait au préalable mené une longue phase d’information judiciaire, d’enquêter sur un délit d’initié présumé. Il aurait conduit à une vente massive d’actions Fortis juste avant leur effondrement, indiquaient mercredi des médias financiers. On a ensuite appris que ceci vise - forcément - l’un des actionnaires d’alors, et qu’il s’agit en l’occurrence du holding "Compagnie du Bois Sauvage". Côté en bourse, celui-ci est également actionnaire d’autres sociétés non négligeables (mais sans rapport avec le dossier), comme Recticel, la banque Degroof, Cofinimmo, etc.

Bref, le holding a été perquisitionné la semaine dernière (de même que certains domiciles privés et qu’une autre société, a appris "La Libre"). Aucune inculpation n’est cependant intervenue, à ce stade du moins, car on n’exclut pas, en marge de l’enquête, qu’il y en ait tôt ou tard (le dossier a été confié au juge financier Claise voilà peu de temps).

Si ses recherches devaient conforter la suspicion de Paul Dhaeyer (le même chef de la section financière qui avait été l’objet de pressions politiques dans le cadre de la procédure en référé du 6 novembre dernier ), une prévention de délit d’initié serait bien sûr retenue. Or ceci peut exposer d’éventuels inculpés à une peine d’un an de prison et à une amende valant jusqu’à 300 % des sommes en cause (sans parler d’éventuelles confiscations) du côté des "initiés". On ne peut donc même pas exclure qu’un ou des mandats d’arrêt soient délivrés si le juge Claise l’estimait nécessaire.

Retour à 2008. Fin juin, Bois Sauvage était encore en possession de quelque 5,1 millions d’actions Fortis. Il en avait cédé un million au cœur de l’été. Et le vendredi 3 octobre, tout juste avant la suspension de la cotation de Fortis pour cause de cession à BNP Paribas, le holding s’était départi de 3,6 millions de titres, à 5,4 euros l’unité. Or, lorsque la cotation a repris le 14 octobre 2008, après le démantèlement du bancassureur, l’action en était à 1,5 euro. Différence de valorisation ? Quatorze millions d’euros.

Quelqu’un (l’ "initiateur") a-t-il donc averti le vendeur "inspiré" qu’il était temps de liquider les Fortis ? Peut-être, selon le parquet, qui insiste toutefois sur la présomption d’innocence (mais recherche néanmoins qui cela pourrait être, une vingtaine de pistes seraient suivies). Non, selon le holding, dont l’administrateur-délégué, Vincent Doumier, a fait savoir, jeudi par communiqué, que le Bois Sauvage a "répondu à toutes les questions qui lui étaient posées dans le cadre des enquêtes en cours". Et que son holding n’a "rien à se reprocher". On se souvient, il est vrai, qu’il n’avait pas celé cette vente, puisqu’il l’avait annoncée par communiqué le 3 octobre et expliquait sa crainte d’alors : l’intervention de l’Etat.

Mais la crainte d’aujourd’hui porte sans doute, au Bois Sauvage, sur le cours du titre : près de -8,49 % hier à la clôture. Il faut dire que la perspective, même virtuelle, d’une amende de 42 millions d’euros doit peser lourd.

Enfin, il apparaît que la Commission bancaire, financière et des assurances a aussi ouvert une enquête après avoir appris l’existence du dossier pénal.