La presse quotidienne n’échappe évidemment pas aux effets de la crise économique qui a surgi dans le sillage de la tourmente bancaire au cours du dernier trimestre 2008. Depuis plusieurs années déjà, la presse écrite quotidienne, au nord comme au sud du pays, est entrée dans une phase de transformation progressive de ses activités afin d’être un acteur incontournable du multimédia, entendez Internet, nouveau secteur de croissance économique. Depuis l’automne dernier, elle souffre de la contraction des budgets publicitaires dans certains secteurs, les offres d’emploi notamment. Certains groupes de presse - Rossel, Corelio, Persgroep - ont mis en place des plans de réduction de coûts, y compris des licenciements, pour affronter la crise.

15 000 emplois, 200 millions

Le contexte est certes difficile. Mais le secteur, qui est en pleine mutation, ne baisse pas les bras. Les représentants des trois grands groupes de presse francophones - Rossel, IPM ("La Libre" et la "DH") et Corelio/Editions de l’Avenir - ont rencontré, vendredi, le ministre-Président de la Région wallonne et de la Communauté française Rudy Demotte, accompagné de Fadila Laanan (ministre de l’Audiovisuel) et Jean-Claude Marcourt (ministre régional de l’Economie). Les éditeurs ont exposé l’importance de leur secteur, notamment au niveau de l’emploi -15 000 personnes concernées directement et indirectement - et des investissements (200 millions d’euros entre 2005 et 2008). Les éditeurs, regroupés au sein des Journaux francophones belges (JFB), ont plaidé face au trio ministériel pour un plan d’aide constitué à la fois de mesures d’urgence et de dispositifs de financement à plus long terme.

Pour un fonds numérique

A très court terme, les éditeurs demandent une aide financière "exceptionnelle" de 6 millions d’euros pour faire face à la baisse conjoncturelle des revenus publicitaires. Cette aide s’ajouterait aux 6,7 millions versés annuellement au secteur par la Communauté française. Autre demande (récurrente, celle-là) : un accroissement des budgets pour la publicité dite d’intérêt général, tant de la Communauté française (qui passerait de 150 000 à 500 000 euros par an) que de la Région wallonne (portée à 1 950 000€).

Il est encore demandé que le financement de l’opération d’éducation aux médias "Ouvrir mon quotidien" soit à la seule charge de la Communauté française. Dont coût annuel : 815000 euros.

Signe manifeste de la volonté du secteur d’aller de l’avant, les trois groupes de presse ont décidé de créer une société de financement commune - une sorte d’invest - de leurs développements numériques et ont demandé aux pouvoirs publics de s’y associer. Leur objectif est de réunir entre 25 et 35 millions d’euros pour financer leurs programmes de développement dans les médias numériques (ce qui représente, en termes consolidés, quelque 50 millions d’euros au cours des cinq prochaines années). Les financements pourraient venir des pouvoirs publics régionaux et communautaires, mais aussi d’institutions financières comme la Banque européenne d’investissement.

Les trois ministres socialistes ont pris note des diverses demandes. "Nous attendons davantage d’informations, notamment financières et sur l’emploi, de la part des éditeurs. On entamera ensuite un examen, tout en sachant qu’il est exclu de signer un chèque en blanc", disait-on au cabinet Demotte. Le point devrait être évoqué lors d’un gouvernement conjoint Région wallonne-Communauté française.