E stimant que "tout n'est pas perdu", la fédération de l'industrie technologique Agoria a appelé mardi le monde politique et les syndicats à "tout mettre en oeuvre pour aboutir rapidement à une solution et maintenir un climat social constructif". Nous avons interrogé son secrétaire général, Dominique Michel.

Agoria ne peut dissimuler un certain désarroi...

Effectivement. Ce n'est pas la pire des décisions qui a été prise - la fermeture - mais presque. Une partie importante de VW Forest risque de disparaître. Je me raccroche toutefois à Ford Genk qui a supprimé des milliers d'emplois et qui va maintenant recruter avec l'arrivée de nouveaux modèles. Comparaison n'est pas raison, naturellement. Je suis très très dubitatif.

En fonction des études que nous avons menées avec la Banque nationale, un job direct égale deux jobs indirects. Les fournisseurs et les sous-contractants vont clairement payer la note.

Plus précisément ?

Dix mille personnes travaillent grâce à VW en indirect, sans compter toutes celles qui opèrent dans le catering, etc. L'impact sera très sensible, c'est sûr.

Une usine de 1 500 travailleurs est-elle viable ?

A court terme, oui. Mais sur le moyen et le long terme, il faudra nécessairement d'autres projets pour le site, quitte à redoper l'emploi dans un scénario optimiste. Sans cela, ce sera très difficile.

Quid des sociétés qui ne travaillent que pour VW ?

Les plus touchées sont celles qui avaient de bonnes raisons de venir s'installer dans le parc Automotive. Peut-être auront-elles entre-temps développé de nouvelles relations d'affaires. Si des projets sont lancés, le parc retrouvera sa raison d'être.

VW et ses travailleurs avaient fait des efforts...

Dans une décision comme celle-là, énormément d'éléments entrent en compte : la productivité, le climat social et le coût de la main-d'oeuvre. J'ai lu que ce dernier ne représentait que 7 pc du prix d'une voiture. C'est exact et totalement faux à la fois. Le coût qui compte n'est pas le prix payé au concessionnaire mais celui qui est dicté par la production d'une voiture. Il y a des coûts en amont et des coûts en aval dont un constructeur ne tient pas compte pour choisir une implantation. Exemples : tous les frais de recherche et développement sont engagés à Wolfsburg. De même, les frais de commercialisation, de transport, de marketing et de publicité n'ont rien à voir avec la production et le prix d'une voiture. Les frais de production sont les seuls coûts qui sont pris en considération par un constructeur pour investir à Forest plutôt qu'à Lisbonne ou à Wolfsburg. Dans ces coûts-là, pour assembler une voiture, la main-d'oeuvre représente entre 60 et 70 pc. C'est gigantesque ! Dire qu'elle est peu importante dans le calcul est archi-faux ! Jusqu'il y a un an ou deux, VW Forest était numéro deux derrière l'Allemagne dans le triste classement des pays les plus chers. Elle est numéro un ex-aequo cette année et sera numéro un l'année prochaine. Il est temps de retrousser ses manches sous peine de se retrouver tous au cimetière...

© La Libre Belgique 2006