ENTRETIEN

Quelle est votre première réaction à l'annonce de la fermeture prochaine d'Eli Lilly à Mont-Saint-Guibert?

C'est déplorable car il s'agit de l'un des cinq grands sites de recherche et développement en Belgique. D'ici peu, il n'y en aura donc plus que quatre. C'est une perte dans une économie de connaissance et un jour noir pour le secteur.

Cela vous surprend-t-il?

Oui d'une certaine manière dans la mesure les autorités ont commencé à être attentives à la chaîne de valeur de notre industrie et à la nécessité de créer un climat attractif pour les investissements et la recherche. Le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux ont pris plusieurs initiatives allant dans ce sens comme la baisse des charges salariales pour la recherche dans l'industrie, la création de l'Agence du médicament ou au niveau régional la mise sur pied de Biowin (NdlR: le pôle santé de la Région wallonne) et du plan Marshall au sud ou du Life Science Platform en Flandre.

En mai 2005, le patron d'Eli Lilly expliquait que la Belgique avait le pire environnement en Europe, pointant du doigt l'absence de remboursement des médicaments...

En 2004, le secteur a vivement critiqué la sous-budgétisation du budget des médicaments dans le cadre de l'assurance maladie et les refus du ministre du Budget concernant les nouvelles décisions de remboursement. On a amélioré la situation depuis. Nous vivons maintenant dans une situation d'équilibre budgétaire et dans un contexte de réductions des taxes sur le chiffre d'affaires. Le climat a donc fortement changé mais j'imagine que la décision prise par Eli Lilly s'inscrit dans un cadre global et que le contexte de 2004 y a peut-être contribué.

Craignez-vous d'autres mauvaises nouvelles dans le secteur?

Nous n'avons aucune indication qu'une telle situation puisse se reproduire. Mais le signal donné aujourd'hui montre l'importance pour les autorités de rester vigilantes lorsqu'il s'agit d'investissements, des objectifs de Lisbonne, d'emplois qualifiés, de qualité de recherche,... Les autorités ont commencé à développer des politiques à plus long terme, notamment en réduisant les charges salariales pour la recherche et le développement dans le secteur privé. Mais il faut des décisions plus rapides pour stimuler l'innovation afin de permettre l'accès des patients à des thérapies innovantes.

© La Libre Belgique 2006