Lundi matin, sur les ondes radio de la RTBF, Maurice Lippens, ému et un peu nerveux, a tenu des propos très proches de ceux parus dans "L’Echo" et le "Tijd" du week-end. Il a réaffirmé qu’il avait commis " des erreurs, mais pas de faute " et martelé qu’il n’avait " pas menti ". " Pendant vingt-huit ans, j’ai voulu être le plus transparent possible ." Or, d’aucuns se demandent si la haute direction, et donc peut-être aussi l’ex-président de Fortis, n’ont pas caché la vérité aux actionnaires. Les premiers doutes portent sur la période qui a précédé l’énorme augmentation de capital à l’automne 2007 destinée à financer en partie le rachat d’ABN Amro. Le prospectus indiquait qu’en cas de détérioration supplémentaire du marché du "subprime", le risque additionnel était évalué à 20 millions d’euros. Un chiffre dérisoire et très largement inférieur à ceux qui ont été divulgués au marché quelques mois plus tard. Justification de M. Lippens : " C’est de mois en mois, voire de semaine en semaine, que l’on découvrait l’ampleur de ce qui allait frapper l’Europe et la Belgique, en particulier." Version aussi donnée par des proches du dossier. Qui rappellent que le niveau des risques avait été vérifié par les auditeurs, la Commission bancaire, financière et des assurances, ainsi que par les autorités prudentielles néerlandaises. Et qui relativisent les révélations du "Soir" selon lesquelles, documents à l’appui, des chiffres inquiétants circulaient sur les risques sur les produits structurés dès août 2007.

Ces chiffres, établis par un employé de la banque, avaient été examinés par le comité de direction. " Un employé écrit un jour une note. Et, trois ans plus tard, on se rend compte qu’il avait raison. Mais l’opinion d’un employé ne reflète pas la position de l’entreprise ", explique une source proche du dossier. Se pose la question de la communication entre le comité de direction présidé à l’époque par Jean-Paul Votron et le conseil d’administration. S’est-elle toujours bien passée ? M. Lippens n’a pas exclu qu’on ne lui avait peut-être pas tout dit. " Peut-être y a-t-il eu des choses qu’on n’a pas données au conseil ", a-t-il lâché prudemment.

Autre période suspecte : fin juin 2008, quand le groupe a levé dans l’urgence 1,5 milliard et décidé de supprimer le dividende. Une enquête lancée par la CBFA laisse penser que la direction n’a peut-être pas tout dit. Ces problèmes de transparence font, en effet, l’objet d’enquêtes (lire ci-dessous).

De quoi inquiéter Maurice Lippens ? " Franchement, il y a peut-être des choses qu’on ne nous a pas données comme information, au conseil. J’en doute également, parce que je connais assez bien les collaborateurs de Fortis, mais le conseil n’a jamais été informé de choses pour lesquelles nous avons décidé que nous al lions les taire ", a-t-il répondu. Il a été, une deuxième fois, interrogé sur l’utilité d’un procès pour découvrir la vérité. " Je me sens tout à fait paisible. J’ai la conscience parfaitement tranquille. Ce n’est pas ce qui m’inquiète le plu s", a-t-il répondu. Tout en envoyant une petite pique à la Justice " qui ne brille pas par certains aspects les plus intéressants ".

Dans le cadre des enquêtes en cours, plusieurs ex-administrateurs et membres de la direction de Fortis ont déjà été interrogés aux Pays-Bas par des experts nommés par un tribunal spécial (Ondernemingskamer). Maurice Lippens doit encore être interrogé. Ces experts enquêtent sur une période qui va du 1er janvier 2007 à octobre 2008 (quand le groupe Fortis a été démantelé). Des personnes qui ont négocié la revente de Fortis d’une part aux Hollandais d’autre part à BNP seront aussi auditionnées. D’après nos informations, ces experts, qui ont accès à des milliers de mails internes et aux procès-verbaux des conseils, posent des questions très pointues (et pertinentes) pendant de longues heures. Ils seront chargés d’établir les faits pour que le tribunal (Ondernemingskamer) ait un document pour pouvoir prendre des décisions dans le cadre des actions en justice. Ils devraient envoyer leur rapport pour février-mars 2010. C’est à ce moment-là qu’on pourrait savoir si ce rapport sera rendu public. Et qu’on aura, peut-être, un peu plus d’éléments sur ce qui s’est passé