Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ? Cette question, on la retournait dans tous les sens, hier, dans les états-majors syndicaux après l'annonce de la suppression de 4 000 emplois à VW Forest. "Pour l'instant, nous devons gérer l'émotion et la colère, témoignait le secrétaire régional bruxellois du syndicat libéral. Que faire ? Nous sommes dans l'expectative. Nous allons voir ce que la direction nous proposera."

Mais les syndicats savent au moins une chose : il faudra travailler par ordre de priorités. La stratégie s'impose presque d'elle-même. D'abord assurer un avenir à l'entreprise et puis seulement négocier un plan social. La production de la Polo, la seule activité qui restera à Forest lorsque les chaînes de montage de la Golf seront mises à l'arrêt, sera trop faible pour asseoir la pérennité de l'entreprise. Les syndicats vont donc tenter d'obtenir l'assurance, comme pour Ford Genk il y a 3 ans (lire ci-dessous), qu'un ou plusieurs autres modèles de la gamme VW puissent être produits à Forest. Voire même qu'une partie de la fabrication de la Golf soit maintenue sur le site.

Dans les rangs syndicaux, on n'a pas perdu tout à fait espoir. Des responsables de la FGTB-Métal ont eu des contacts dans la journée de mardi avec des homologues du syndicat allemand IG Metall - qui est membre du comité de surveillance de VW-Forest. On leur a dit que la volonté de la puissante centrale allemande était de veiller "à une répartition équitable sur tous les sites de production de VW". Cette petite phrase laisse une place à l'espoir de voir un plan industriel sérieux voir le jour pour Forest. Elle sera abondamment commentée dès lundi prochain lors de la réunion que tiendra la fédération syndicale européenne des métallurgistes. Même si, au bout du compte, ce n'est pas IG Metall qui prendra les décisions, mais la direction de l'entreprise.

Combien de prépensions ?

Cette phase prendra du temps. Pour Ford-Genk, il aura fallu un mois et d'innombrables actions pour faire fléchir la direction. Cela pourra être plus long encore. Et quelle que soit l'hypothèse retenue, cela ne permettra pas de sauver tous les emplois. Le plan social est inévitable. Une première proposition de l'employeur devrait être faite à la délégation syndicale de l'entreprise jeudi après-midi. De nombreuses réunions suivront jusqu'à la finalisation d'un accord social, qui doit être effective dans les deux mois.

Le premier élément qui sera mis sur la table par les syndicats, c'est le partage du travail qui restera sur le site de Forest. En 1999, IG Metall avait négocié une réduction du temps de travail à 29 heures/semaine. Des centaines d'emplois ont ainsi pu être sauvés. Ce modèle inspire manifestement les syndicats belges. Mais il a peu de chance d'être reproduit en Belgique. En Allemagne, il vient d'être gommé.

Et pour ceux qui devront partir ? Le recours aux prépensions sera utilisé à pleine capacité. Mais l'effet sera limité. Il ne reste plus aujourd'hui à Forest que 600 travailleurs de plus de 50 ans, âge minimum pour obtenir une prépension en cas de restructuration. Et le pacte entre les générations a rendu le mécanisme encore plus rigide. Les travailleurs qui ont 48 ou 49 ans lors de l'annonce d'un licenciement collectif pouvaient espérer bénéficier, avant l'adoption du plan gouvernemental, d'une prépension. Ce n'est désormais plus le cas. Il faut avoir 50 ans bien sonnés.

Le nombre de travailleurs qui restera sur le carreau les mains vides sera élevé. Une cellule de crise réunissant les ministres de l'Emploi du pays se tiendra jeudi. On y discutera de la mise en place d'une cellule de reconversion - laquelle pourra offrir des formations, une aide à la recherche d'emploi, etc. Le ministre bruxellois de l'Emploi Benoît Cerexhe (CDH), s'est engagé hier à la rendre la plus ouverte possible. Car il n'y a pas que le sort des travailleurs de VW Forest qui inquiète. Plus de 10 000 personnes sont employées par les sous-traitants et payeront la restructuration au prix fort. Or on a vu dans le cas de Renault-Vilvorde qu'ils étaient souvent les oubliés des fermetures d'entreprises.

© La Libre Belgique 2006