Le trader Jérôme Kerviel, accusé d'une fraude ayant coûté quelque 5 milliards d'euros à la banque française Société générale, a "abusé de la confiance" et "profité de la négligence de sa hiérarchie", selon un rapport de la police financière que l'AFP a consulté mardi.

Ce document de synthèse du service enquêteur, versé le 2 juillet au dossier, reprend dans ses grandes lignes la vision de l'affaire développée dans le rapport interne de la Société Générale rendu public le 23 mai.

Il affirme que le trader français Jérôme Kerviel a "abusé de la confiance" d'une hiérarchie "négligente" pour réaliser ses falsifications. "Au regard de l'ensemble des éléments recueillis, on peut légitimement penser que l'ampleur du préjudice financier de la banque s'explique par les manoeuvres frauduleuses d'un trader qui (...) a abusé de la confiance de sa hiérarchie en profitant des manquements de celle-ci et de la défaillance des services de contrôle interne", conclut ce rapport.

La Brigade financière, qui a enquêté pendant six mois et auditionné 64 personnes de l'entourage personnel et professionnel de Jérôme Kerviel, évoque longuement la piste d'éventuelles complicités, dont celle de Thomas M., son assistant. Mais à la différence du rapport de la Société Générale, qui relève des "indices de complicité" à son encontre, la Brigade financière ne va pas aussi loin.

Pour elle, "l'enquête n'a pas permis de déterminer si Thomas M. avait pu être abusé ou s'il avait conscience de la nature de l'activité déviante" du trader. Le parquet a tout de même requis début juillet son inculpation pour complicité. Très sévères vis-à-vis du trader, les policiers estiment que "Jérôme Kerviel a su être convaincant et pertinent pour berner son entourage" et a fait "fi de toute considération éthique et déontologique".

Le trader soutient que sa hiérarchie avait connaissance de ses "positions (...) hors norme" non-autorisées. "Incohérent" pour les enquêteurs, car Jérôme Kerviel "éprouvait la nécessité de les dissimuler, voire de les travestir par la production de faux documents", dont de faux mails. La défense du trader a attaqué de front mercredi la banque, s'interrogeant sur une éventuelle "complaisance" ou "complicité" de la direction. Pour Bernard Benaïem, l'un de ses avocats, il faut ainsi "savoir s'il y a eu de la part de la banque une complaisance, une ignorance fautive, une complicité par fourniture d'instructions, voire de moyens". Des hypothèses à ce stade évacuées par les policiers.

La Société Générale s'est vu infliger début juillet un blâme et une amende de 4 millions d'euros par l'organe de contrôle des banques en France pour des "carences graves du système de contrôle interne" qui "ont rendu possible le développement de la fraude et ses graves conséquences financières".

Le 24 janvier, la Société Générale avait annoncé des pertes de quelque 7 milliards d'euros, attribuant 4,9 millions de pertes à Jérôme Kerviel, le reste étant dû selon la banque à la crise des subprimes (crédits immobiliers américains).