C'est la nouvelle du jour, et elle a réussi à faire reculer quelque peu mercredi les cours du brut ! Les stocks américains de pétrole se sont reconstitués plus nettement que prévu la semaine dernière tandis que ceux d'essence ont continué à décliner. Plus précisément, les réserves de brut ont crû de 2,4 millions de barils, à 316,1 millions de barils, alors qu'une progression de 1,5 million était attendue. Très regardés à l'approche de l'été, période de grands déplacements en voiture aux States, les stocks d'essence ont fondu quant à eux de 3,2 millions de barils, à 212,6 millions de barils, contre un recul escompté d'environ 2 millions.

A l'annonce de cette nouvelle, sur le New York Mercantile Exchange, le baril de "light sweet crude" pour livraison en juin, dont c'était le premier jour de cotation, cédait 86 cents à 117,21 dollars... avant de se reprendre légèrement. En clôture, il s'affichait à 118,30 dollars le baril (en hausse de 23 cents). A Londres, le Brent de la mer du Nord terminait aussi à la hausse à 116,46 dollars (+51 cents). Pour mémoire, la semaine dernière, une chute imprévue des stocks US avait entraîné le baril jusqu'au niveau inédit de 119,90 dollars. Et mercredi, des analystes ont même annoncé son score futur... de 150 dollars !

Impuissance flagrante

Preuve flagrante de l'impuissance des pays producteurs et consommateurs de pétrole, incapables d'arrêter à court terme l'ascension vertigineuse des prix du brut : les ministres du pétrole de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et de pays consommateurs réunis au Forum international de l'Energie, qui s'est tenu à Rome pendant trois jours ont regardé passer les seuils de 117, 118 et 119 dollars en trois jours de conférence sans faire un geste.

Dans leur déclaration finale, ils se sont contentés de se dire "préoccupés" par le niveau des cours et d'assurer que les ressources pétrolières et gazières étaient "suffisantes pour répondre aux besoins mondiaux". Depuis le début de la crise financière, le pétrole, et plus largement les matières premières, font l'objet d'une spéculation rampante de la part d'investisseurs qui cherchent à se couvrir de la baisse de la Bourse et du billet vert. Le directeur général de l'Agence internationale de l'Energie, Nobuo Tanaka, a jugé "possible" que la hausse du cours du baril provoque une récession mondiale, alors que l'économie est déjà frappée de plein fouet par la crise des prêts immobiliers à risques. Mais l'AIE, qui représente les intérêts énergétiques des pays consommateurs, a malgré tout cessé de demander à l'Opep, comme elle le faisait il y a encore un mois, d'augmenter sa production, jugeant l'approvisionnement du marché "suffisant" à court terme. "La hausse des prix n'a rien à voir avec l'approvisionnement du marché", a aussi estimé le secrétaire général de l'Opep, ajoutant que même si l'Opep pompait plus, cela ne ferait pas retomber les cours.

L'euro reste un bouclier

La faiblesse du dollar par rapport à l'euro permet aux Belges de réaliser une belle économie lors de leurs pleins à la pompe, a rappelé mercredi la Fédération pétrolière belge. En prenant un taux de change d'un euro pour un dollar, le prix à la pompe de l'essence serait de 1,84 € par litre, contre 1,51 €/l, soit une économie de 33 cents. A ce taux de change, le diesel coûterait 46 cents de plus soit 1,75 €/l, selon la fédération. Si l'on considère le cours euro/dollar du début de l'année, le litre d'essence atteindrait alors 1,62 €, soit 11 cents de plus que ce que le Belge paie à ce jour. Pour le diesel, l'économie grâce à la différence de change est de 14 cents. Une petite consolation...