Anna Kouznetsova, jeune femme svelte au visage avenant, nous accueille dans son minuscule bureau encombré de jouets de toutes sortes. “Excusez le désordre, nous dit-elle, mais surtout ce parcours du combattant que vous avez dû faire, avant de venir jusqu’ici”. En effet, le bureau d’Anna se trouve dans un des bâtiments administratifs de l’usine automobile Zil, près de la Moskova, et nous avons dû présenter nos papiers à deux reprises avant de pouvoir pénétrer dans le building. “C’est un inconvénient qui est largement compensé par le prix du loyer, relativement modeste, mais surtout par le fait que notre dépôt de marchandises est sous bonne garde, sourit-elle. Et dire qu’il y a cinq ans, tout au début de mon entreprise, je n’avais que mon appartement pour stocker tous ces jouets”.

Agée de 34 ans, Anna est née au bord de la mer Blanche à Severodvinsk, ville des chantiers navals qui ont construit la plupart des sous-marins nucléaires soviétiques. Elle est diplômée du collège de culture et d’art d’Arkhangelsk et de l’Université de culture et d’art de Moscou. A 20 ans, Anna épouse un Moscovite et quitte sa ville natale pour vivre à Moscou. Elle travaille en tant que journaliste dans les différentes éditions moscovites mais abandonne ce travail en 2006, après la naissance de son fils Artiom. “C’est là que tout a commencé, raconte-t-elle. La naissance d’Artiom m’a donné une sorte d’inspiration tandis que mon immobilité forcée pendant la grossesse m’a incitée à ‘l’autoréalisation’ de soi”. Anna commence alors à collaborer avec les éditions en ligne et cette expérience lui donne l’idée de créer son propre site Internet ( www.det-sad.com) où elle se met à accumuler toutes les informations utiles sur les enfants et les jardins d’enfants. Et ça plaît ! Petit à petit, son site est devenu populaire parmi les parents qui donnaient leurs jugements sur tel ou tel jardin d’enfants. Elle en a profité pour vendre des bannières publicitaires. “Ça ne me rapportait que des clopinettes mais l’essentiel pour moi c’était de maîtriser ce processus, dit Anna, et c’est comme ça que tout a commencé”.

Il y a cinq ans, Anna enregistre un autre domaine “detsad-shop.ru” (detsad est une abréviation de jardin d’enfants en russe) et fonde une société à responsabilité limitée “AKsite-inform” (les deux premières lettres sont les initiales d’Anna Kouznetsova) qui vend de la publicité et fournit des jouets écologiques aux jardins d’enfants.

Cette entreprise ne compte que cinq personnes (Anna comprise) qui travaillent au bureau à plein temps. Mais elle recourt aux services d’informaticiens, de rédacteurs, de designers, de porteurs, de chauffeurs externes. “Pendant les trois premières années de nos activités, on piétinait un peu sans remporter des succès spectaculaires, nous avoue Anna. Et puis, il y a deux ans, ça a bougé de manière sensible. Pendant cette période, nous avons dû déménager à deux reprises, car nos bureaux et nos dépôts ne pouvaient plus contenir le volume toujours croissant de nos marchandises. On prétend que c’est la quantité qui se transforme en qualité mais dans notre cas, c’est la qualité de nos services qui s’est transformée en quantité de nos contrats”. Aujourd’hui, l’entreprise d’Anna est en contact avec 33 fournisseurs, essentiellement en Russie et un peu en Belarus, qui produisent des jouets éducatifs et didactiques écologiquement sains.

Pourtant, elle ne se contente pas de cette situation somme toute confortable et pense déjà à la production de jouets en bois. “En ce moment, nous cherchons une entreprise qui serait capable de fabriquer des jouets en bois, mais strictement selon nos idées et nos dessins, dit Anna. Le temps presse, car ce marché a une grande perspective et si nous restons les bras croisés, demain nous serons devancés par nos concurrents”.

Il est visible qu’Anna a déjà acquis une solide expérience dans les affaires mais elle préfère être réaliste. “Je n’oublie jamais que je suis une autodidacte et que j’avançais toujours à tâtons sans surestimer mes succès. C’est vous dire, je n’ai jamais pris le risque de prendre un crédit, et ce n’est pas demain que je le ferai. Je n’en reste pas moins très optimiste et je suis convaincue que la petite entreprise privée en Russie est tout à fait possible.”