Le sommet des dirigeants européens s'ouvre jeudi à Bruxelles sous le choc des révélations de l'espionnage intensif des Américains en Europe, en France et jusqu'à Angela Merkel en Allemagne.

La presse allemande estimait jeudi que cette révélation était un camouflet pour la chancelière, qui s'était montrée compréhensive depuis que les révélations sur la NSA ont commencé.

Le gouvernement allemand a annoncé mercredi soir que le téléphone portable de la chancelière "pourrait être surveillé par les services américains".

Mme Merkel a aussitôt demandé des explications au président Barack Obama, qui lui a assuré que les Etats-Unis ne surveillaient pas et ne surveilleraient pas ses communications. La dirigeante allemande a souligné que si cet espionnage était confirmé, elle le jugerait "totalement inacceptable" et porterait un "coup sérieux à la confiance" entre les deux pays amis.

Auparavant, les services de renseignement américains avaient déjà réagi à la colère exprimée par la France et le Mexique sur l'étendue de l'espionnage américain, en assurant que les informations de presse à ce sujet étaient "inexactes et trompeuses".

Selon le quotidien Le Monde, l'Agence de sécurité nationale (NSA) a collecté plus de 70 millions d'enregistrements de données téléphoniques de citoyens français.

Ces découvertes en chaîne interviennent après les premières révélations d'Edward Snowden au printemps sur le vaste système de surveillance cybernétique américain, qui visait notamment les institutions européennes.

Même si les questions de renseignements relèvent de chaque Etat, et non de l'UE, plusieurs pays, notamment la France, veulent profiter du scandale pour faire avancer la proposition de la Commission européenne concernant la protection des données, sur laquelle les Européens butent depuis des mois.

Bruxelles veut que les grands groupes de l'internet obtiennent le consentement préalable des personnes pour l'utilisation de leurs données personnelles, sous peine d'amendes.

De son côté, le Parlement européen a demandé mercredi à la Commission européenne de suspendre un accord UE-Etats Unis sur le transfert de données bancaires, signé dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme. Mais la Commission a refusé, rappelant qu'elle ne disposait pas d'aucune preuve que le texte signé en 2010 ait été violé et qu'elle attendait des "garanties écrites" qu'elle a réclamées à Washington.

L'autre sujet qui doit dominer les discussions des chefs d'Etat et de gouvernement sera la politique d'immigration, trois semaines jour pour jour après la tragédie de Lampedusa.

Les dirigeants des pays européens du Sud confrontés à l'afflux de migrants en Méditerranée, Italie et Malte mais aussi Grèce, Espagne et Chypre, vont exiger de leurs homologues plus de solidarité concrète, trois semaines après le drame tout près des côtes de la petite île de Lampedusa qui avait fait plus de 360 morts.

Ils ne veulent plus se contenter de paroles. Le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, demande un renforcement de Frontex, l'agence de surveillance des frontières européennes.

Le Maltais Joseph Muscat veut que l'UE se dote d'une "stratégie claire". Quant à l'Espagnol Mariano Rajoy, il a demandé mercredi que le contrôle aux frontières soit "un effort partagé par l'ensemble de l'Union".

Dans un projet de conclusions en début de semaine, les chefs d'Etat et de gouvernement devaient se contenter d'appeler à "faire plus pour éviter" de nouveaux drames. Ils renvoyaient à juin 2014, soit après les élections européennes, la définition d'une "politique de long terme" en matière d'asile et de migration.

Selon différentes sources, plusieurs pays du Sud ont demandé avec force une amélioration du texte. Une nouvelle version a été élaborée. Elle appelle au "renforcement" de Frontex en Méditerranée et à une "politique de retour plus efficace".

Le texte demande aussi la mise en oeuvre "rapide" par les Etats membres d'Eurosur, un nouveau système perfectionné de contrôle, notamment en mer. Il évoque également la nouvelle "task force" destinée à passer en revue les moyens déjà à disposition de l'UE. Une première réunion est prévue jeudi et une évaluation est attendue en décembre.

Pour s'attaquer aux "racines" du mal, les dirigeants devraient aussi plaider pour une "meilleure coopération" avec les pays d'origine et de transit, pour lutter notamment contre le trafic d'êtres humains.