Les journalistes de «L'Echo» n'ont pas pour habitude de monter aux barricades. Disciplinés, ils préfèrent laver leur linge sale en cercle fermé. La surprise fut donc de taille en découvrant un communiqué de la Société des journalistes de «L'Echo» (SDJE). Un communiqué qui en dit fort long sur le climat régnant depuis quelques semaines au sein du quotidien repris en 2003 par De Persgroep et Rossel.Motif de cette sortie publique au ton amer? Les propos tenus par Dirk Velghe, patron de Mediafin (holding regroupant «L'Echo» et son homologue flamand «De Tijd»), dans le journal hollandais «Financieele Dagblad». M.Velghe y annonçait notamment que les rédactions des deux journaux financiers allaient être placées sous l'autorité de Hans Maertens, directeur général du «Tijd». De quoi accréditer la thèse, auprès des journalistes de «L'Echo», d'une flamandisation rampante des structures commerciales et éditoriales du titre francophone.La SDJE, non informée du parachutage de Hans Maertens, s'en est offusquée. «Nous déplorons que, depuis plusieurs semaines, chaque information relative aux modifications de structure et/ou de stratégie dessine un peu plus clairement le profil d'un groupe nettement dominé par De Persgroep (ndlr: groupe flamand éditant «Het Laatste Nieuws» et «De Morgen») et par des managers néerlandophones», dénoncent nos confrères. Et ceux-ci d'y voir le spectre d'une fusion pilotée exclusivement - malgré la présence de Rossel dans l'actionnariat - par des Flamands, avec des effets sur le plan éditorial (dont la constitution d'un pôle rédactionnel commun au «Tijd» et à «L'Echo») et commercial (reprise de plusieurs services par De Persgroep).

«Ancrage francophone»

Contacté hier, Hans Maertens n'a pas voulu faire de commentaires, nous renvoyant vers Dirk Velghe. Lequel n'était pas joignable... C'est finalement Eric Decroix, directeur général de «L'Echo», qui nous a fait savoir que l'indépendance rédactionnelle du quotidien francophone et son ancrage en Communauté française n'étaient nullement menacés. «Même si le poids de la nouvelle structure sera majoritairement néerlandophone, il est indispensable de conserver un tel ancrage», dit-il.Est-ce à dire que Dirk Velghe s'est laissé emporter par un enthousiasme très flamand? D'après nos informations, une sérieuse mise au point entre directions et actionnaires du «Tijd» et de «L'Echo» auraient eu lieu suite à l'interview de M.Velghe. Dès ce mercredi, un conseil d'entreprise est d'ailleurs prévu à «L'Echo» pour réaffirmer l'indépendance rédactionnelle de ce dernier au sein de Mediafin et réfuter la nomination de Hans Maertens à la tête des deux rédactions.

Il n'en demeure pas moins que les deux titres sont engagés sur la voie d'importantes synergies. Une négociation est en cours, au sein des deux sociétés, sur un plan social qui entraînera la suppression de 91 emplois (dont 21 journalistes). Soit près d'un quart de l'effectif global.

© La Libre Belgique 2005