Une affaire de plus en plus politique

BERNARD DELATTRE Publié le - Mis à jour le

Entreprises & Start-up CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Moins d'une semaine après avoir éclaté, le scandale de la méga fraude à la Société Générale tourne-t-il déjà à l'affaire d'Etat ? Les politiques, en tout cas, s'en emparent désormais ouvertement.

Cette immixtion s'illustre le plus ostensiblement dans les pressions exercées sur le P.D.G. de la banque, Daniel Bouton, pour qu'il assume "ses responsabilités", en clair pour qu'il démissionne. Nicolas Sarkozy en personne a jugé lundi soir que confronté à un "fort problème", un grand patron bénéficiant d'"une forte rémunération" ne pouvait "s'exonérer des responsabilités". Dans la foulée, ses ministres Christine Lagarde (Economie) et Rachida Dati (Justice) ont estimé que les responsabilités de Daniel Bouton pouvaient effectivement être engagées. Une position partagée par d'autres cadors de la majorité tels les centristes François Sauvadet ou Jean Arthuis. Alors que le PS tire à hue et à dia : le député Moscovici juge que Daniel Bouton "n'échappera pas à ses responsabilités", tandis que ses collègues Guigou, Sapin ou Hollande ne prônent pas son départ immédiat, par crainte qu'il "fragilise" la banque.

Daniel Bouton survivra-t-il au conseil d'administration ordinaire prévu à la Société Générale ce mercredi ? Les pressions autour de lui, en tout cas, ne sont pas les seules immixtions politiques dans ce dossier. Ainsi, après l'Elysée ce week-end, le Premier ministre François Fillon mardi a assuré que l'Etat "ne laissera pas la Société Générale être l'objet de raids hostiles", lire d'OPA étrangères. Une position qui rappelle le "patriotisme économique" de son prédécesseur Villepin, qui, lors de l'affaire Suez-GDF, avait pourtant déplu à l'aile la plus libérale de l'UMP.

Et revoilà Van Ruymbeke

Immixtion du pouvoir aussi dans le traitement judiciaire de l'affaire. Lundi, le procureur de Paris - qui, comme tous les procureurs, est en relation directe et assumée avec la Garde des Sceaux - a plaidé pour le placement en détention provisoire du trader Jérôme Kerviel. Mais il n'a pas été suivi par les deux magistrats instructeurs. Dont un, le juge Van Ruymbeke, est en conflit ouvert avec Nicolas Sarkozy dans l'affaire "Clearstream" : autre dimension politique nouvelle de ce dossier de la Générale.

Cette intrusion du politique ne fait pas l'unanimité. L'ex-patron du Crédit lyonnais (et néomilitant bayrouïste) Jean Peyrelevade, l'a trouvée "choquante". Un leader syndical de la Générale l'a dite "peu saine". Et des éditos ont jugé cousue de fil blanc la tactique prêtée à l'Elysée de redonner vie, via cette affaire, aux "idéaux sarkoziens écornés" de moralisation du capitalisme.

Ce positionnement du pouvoir, en tout cas, n'empêche pas l'opposition de réclamer des comptes. La socialiste Ségolène Royal a dénoncé les "connivences" entre puissants et a rappelé les affinités politiques de Daniel Bouton, qui fut jadis chef de cabinet d'Alain Juppé. Le Vert Noël Mamère a jugé les dirigeants politiques "pas à la hauteur" dans la gestion de ce dossier. Particulièrement visée ? La ministre de l'Economie, Christine Lagarde.

"Pas une tête de fusible"

Des médias ont dénoncé mardi sa "volte-face" : sur l'attitude de la Générale dans ce dossier, elle paraît beaucoup plus prudente que la semaine dernière. Critiquée aussi est la manière dont a agi l'Autorité des marchés financiers (AMF), à la direction de laquelle siège un représentant de la ministre. Mardi, Christine Lagarde a encore été accusée d'avoir tardé à informer ses collègues de la fraude - alors que l'Elysée et Matignon, la semaine dernière, avaient déjà publiquement regretté d'avoir été mis au courant tardivement. La ministre remettra lundi au chef du gouvernement un rapport sur la chronologie des faits. Elle sera aussi auditionnée au Parlement. Elle a beau avoir écarté mardi toute démission, jugeant n'avoir "pas une tête de fusible", cela risque tout de même de ne pas être une partie de plaisir pour elle, certains au PS réclamant une commission d'enquête.

Plus globalement, le scandale de la Générale ne va pas renforcer la confiance de l'opinion envers l'économie, alors qu'un sondage mardi a déjà placé le moral des Français au plus bas niveau depuis vingt ans. Cette morosité se répercutera négativement sur la consommation, la croissance et les comptes publics et donc gênera le gouvernement. Face notamment à l'opposition, qui, soupçonnant l'imminence d'un plan de rigueur, réclame à cor et à cri un débat parlementaire sur l'impact de la crise financière mondiale sur l'économie hexagonale.

BERNARD DELATTRE

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