Ne vous fiez pas à sa douce voix et à son apparence naïve quand vous rencontrez Laurence Bovy pour la première fois. Ce n’est pas une femme qu’on peut facilement séduire, professionnellement s’entend. Car derrière cette façade, la nouvelle présidente de la SNCB cache un caractère bien trempé et sait bien ce qu’elle veut. "C’est une amazone au cœur d’artichaut, une conquérante pétrie de convictions et de valeurs. Elle est tout le contraire d’une superficielle et est reconnue dans sa gestion des dossiers par ses collègues", nous dit d’elle Laurette Onkelinx (PS), Vice-Première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique et dont elle fut la chef de cabinet.

Elle l’a rejointe en 1999 quand celle-ci est devenue ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances et depuis, elles font route ensemble, sauf entre 2003 et 2004 quand Laurence Bovy lui a faussé compagnie pour un intermède d’un an chez Rudy Demotte au ministère fédéral des Affaires sociales et de la Santé.

Juriste de formation, diplômée de l’Université libre de Bruxelles (ULB), Laurence Bovy est tombée dans la marmite politique dès sa naissance. Son père, Georges Bovy a travaillé dans divers cabinets ministériels depuis 1977 et fini sa carrière comme chef de cabinet de la cellule vice-Premier chez Philippe Moureaux. C’est d’ailleurs chez ce dernier que la jeune Laurence a démarré son parcours professionnel en mars 1992 après avoir répondu à l’invitation de Michel Jadot qui cherchait un juriste pour compléter son équipe. "J’ai toujours été attirée par la chose publique par convictions. Je ne me voyais pas devenir avocate, ni magistrate. J’ai grandi dans une famille progressiste dont les valeurs tournent autour de la défense des intérêts collectifs", dit-elle.

Intelligente, l’esprit vif et bosseuse à la limite du stakhanovisme, Laurence Bovy n’en demeure pas moins une amoureuse de la vie qui sait apprécier ses bons côtés. "Je suis ce qu’on peut appeler une perfectionniste, grâce à mon éducation, mais c’est aussi pour la satisfaction du travail bien fait. Cela dit, je ne me vois être chef de cabinet durant 35 ans. Je suis aussi une épicurienne qui aime les bonnes choses de la vie. Pour faire ce métier, il faut aussi avoir une vie privée équilibrée en ayant des loisirs sur le côté. Ça permet aussi de prendre du recul par rapport à ses dossiers et occupations professionnelles", souligne-t-elle.

Cette confession dévoile le côté artiste de la chef de cabinet de Laurette Onkelinx. En effet, après trois ans d’études de droit à l’Université de Liège qu’elle a intégrée en 1985, elle passe, au grand dam de ses parents, l’examen d’entrée à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (Insas) à Bruxelles. Son entrée à l’école des arts lui a aussi permis de quitter sa ville natale de Liège où elle a fait une grande partie de son cursus scolaire. Elle restera un an (1988-89) à l’Insas au gré des sélections. Mais elle a aussi compris que le métier d’artiste ou de comédienne a quelque chose d’intime demandant une sacrée dose de confiance en soi pour supporter les désaffections du public quand il n’accroche pas à une pièce théâtrale. Et pourtant, elle a, un temps, tâté de la scène parallèlement aux cours de droit à l’ULB qu’elle a repris en 1990.

Propulsé présidente de l’opérateur SNCB, la filiale la plus visible et la plus proche des navetteurs, elle entend mettre à son service son expérience en matière de gestion publique. Mais la tâche ne sera pas une sinécure, car les défis (mobilité, survie du fret, etc.) sont importants.