"Une baffe dans la gueule" pour tous les travailleurs

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Randa Wazen (St.) et Frédéric Maes

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"Une baffe dans la gueule" pour tous les travailleurs
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Deux mille des 5.300 salariés de l'usine Volkswagen étaient rassemblés ce matin sur le parking du site lors de l'assemblée générale.

Les ouvriers subissent avec amertume la décision qui leur a été rendue la veille. Jean-Pierre Dupuis, 45 ans, travaillait chez VW depuis 27 ans. « On savait très bien qu'une restructuration aurait lieu, mais c'est un choc d'apprendre qu'il y aura autant de licenciements.»

Au total, c'est 3.500 ouvriers et 500 employés qui perdent leur emploi. L'usine restera ouverte et continuera à produire la Polo ( on parle de 60 000 exemplaires par an)et 1500 emplois seront maintenus. Mais comme la plupart de ses anciens collègues, Jean-Pierre n'y croit pas « On l'a toujours dit, quand Forest arrêtera de produire la Golf, ce sera fini. Ce n'est pas possible autrement. L'usine fait 2 km de long, elle ne restera pas ouverte pour 1.500 personnes. Il s'agit d'une fermeture en deux temps.»

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Après 5 ans de travail sur les chaînes d'assemblage comme intérimaire Johnny Lassois ne croit pas non plus à la reprise du travail dont on parle pour 1500 ouvriers. Il se rendra dès vendredi au bureau d'Intérim pour essayer de trouver une nouvelle mission.

Selon Alfredo Spagnolo, ouvrier originaire de La Louvière, tous les ouvriers seraient gagnants en cas de fermeture totale du site. Le nombre de 60 000 Polos annuels à assembler ne représente pas à ses yeux de quoi faire travailler le nombre d'ouviers prévus. Son avenir, il le voit très sombre avec une petite touche d'espoir du côté du Nord de la France où l'usine Toyota de Valenciennes et l'usine Renault de Maubeuge semblent pouvoir représenter un mince espoir selon Alfredo et ses collègues présents à ses côtés.

Vendus!

A chaque intervention des délégués syndicaux, les ouvriers grondent. « Je crois qu'ils se sont bien foutus de nous » Pour Patrick Bausier, 49 ans, et qui travaillait là depuis 27 ans, « Ils » ce sont les Allemands. « C'est nous qui payons la crise économique qu'ils connaissent là-bas. »

Stéphanie Guillemot, 25 ans, est venue soutenir son père et ses frères, qui travaillaient sur le site de Forest. Ce licenciement soudain de 4000 personnes, dont son père et ses frères, elle ne s'y attendait pas. « Ce que je ressens c'est de la colère, j'en veux au système qui va mal et qui souffre. » Guère optimiste en ce qui concerne l'avenir de sa famille, elle essaye toutefois de garder de l'espoir et appelle à une action solidaire.

Le verdict final est tombé hier, mais la tension règne sur le site de Forest depuis vendredi. Emmanuel De Croock, 39 ans, travaillait là depuis 18 ans. Il s'attendait à ce qu'il y ait des licenciements mais pas à un nombre aussi important. « Tout le monde est révolté. On ne réalise pas encore ce qui nous arrive, je crois que je ne réaliserai pas jusqu'à ce que j'aie mon C4 en main. » « Je viens de Mons, c'est une région sinistrée point de vue de l'emploi, mon avenir, je le vois très mal. »

Personne ne sait encore ce qui sera mis en oeuvre pour les ouvriers licenciés. Les syndicats songent à préparer une série d'actions. Une manifestation nationale de solidarité devrait notamment être décidée. « On continuera à protester jusqu'à ce qu'on ait des réponses claires » affirme Jean-Pierre Dupuis.

Une première rencontre avec la direction aura lieu demain jeudi afin d'entamer le plus rapidement possible les négociations sur les prépensions et les primes de départ ainsi que le lancement de la procédure Renault. Lundi prochain, une réunion est prévue avec les représentants syndicaux d'IG Metal (syndicat allemand) dans l'espoir d'une réaction de solidarité de leur part a fait savoir Manuel Castro (FGTB).

Des piquets de grève seront installés dès lundi devant l'usine. La foule s'est dispersée dans le calme à la fin de l'assemblée générale, peu après 11 heures.

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