La journée a commencé par un "couac" pour Alex Cruz, le patron de la compagnie low cost espagnole Vueling : son vol en provenance de Barcelone a dû faire demi-tour pour un "problème technique". " Depuis le cockpit, j’ai pu apprécier la qualité de mes pilotes ", sourit l’homme arrivé avec une heure de retard à Bruxelles.

Le passage du patron espagnol fut donc bref, mais fructueux. La compagnie catalane a annoncé ouvrir sept nouvelles lignes directes depuis Zaventem dès mai 2014. Il s’agit de Rome et Lisbonne (quotidiennement), Venise (cinq fois par semaine), Porto (quatre fois par semaine), l’inédite Saint-Jacques-de-Compostelle ("La Galice est une région riche qui a beaucoup investi dans le tourisme et Bruxelles compte beaucoup d’immigrés galiciens, justifie M. Cruz) et les plus estivales Ibiza et Palma de Majorque (deux fois par semaine). Le tout à des prix d’appels, pour un aller simple, de 39 euros, "toutes taxes comprises". Vueling compte rester "durablement" à Zaventem, voire s’étendre dans les prochaines années.

"Pas d’aéroports régionaux"

Avec une offre annuelle, de 700 000 sièges pour onze lignes directes (Barcelone, Valence, Malaga et Alicante étaient déjà opérés depuis Zaventem), Vueling sera désormais le 6e opérateur de Brussels Airport. " Nous sommes devenus une compagnie internationale", explique M. Cruz en précisant que ses passagers sont désormais majoritairement "non-Espagnols". L’homme ne croit d’ailleurs pas trop au réveil économique de son pays, pourtant annoncé par de nombreux médias. "La plus grande croissance est hors d’Espagne et elle le sera encore en 2014."

A priori, Vueling vient directement concurrencer Brussels Airlines qui propose déjà la plupart de ces nouvelles destinations. Mais du côté de Brussels Airport, on voit cela différemment. Vueling aurait vocation, d’après des sources proches du dossier, à plutôt "chiper" des voyageurs à Ryanair, basé à Charleroi.

" On va attirer nos clients avec des prix très bas et certains passagers feront un choix entre notre offre et celle de Ryanair. Mais notre modèle n’est pas d’aller dans les aéroports régionaux", précise toutefois le patron espagnol. " Si Ryanair propose des billets à un euro, nous ne les suivrons pas. Charleroi est une autre région." D’après lui, Brussels Airport a un gros avantage, son "équilibre parfait" entre les passagers d’affaires, qui représentent 40 % de la clientèle de Vueling et les passagers "loisirs". Or le secret de fabrique catalan tient là : mêler offre low cost et business (plus de 150 euros le vol) dans un même avion. " C’est ce qui nous a fait survivre ces deux dernières années, avoue le CEO espagnol. Ceux qui misent tout sur le low cost ont des étés splendides, mais après ?" Reste que Vueling devra aussi tenir compte, dans ses calculs, des taxes pratiquées à Zaventem, beaucoup plus élevées qu’à Charleroi. "Nous sommes bien sûrs sensibles aux taxes, mais nous sommes aussi confiants dans la capacité des autorités de Brussels Airport à limiter ces prix , explique M. Cruz. En Espagne, ces taxes ont explosé et on a vu un impact négatif direct sur le nombre de passagers. Je ne pense pas que cela se passera à Bruxelles." Une centaine de jobs pourrait être créés à Zaventem suite à ces investissements de Vueling. Raphaël Meulders