C' est une catastrophe pour la consommation", s'exclame vivement Anastasia Marias, propriétaire du café "Au Moulin", sis juste en face de l'usine Volkswagen de Forest. "Les syndicats ont annoncé une perte de 4 000 travailleurs. Or, bon nombre d'entre eux viennent boire un verre avant ou après leur service. Et ils consomment beaucoup...", poursuit-elle. Pour Anastasia, cette importante réduction du personnel signifie une perte importante pour son chiffre d'affaire, "environ 30 pc", dit-elle. "Je suis pessimiste. C'est un gros coup dur. Le soir, surtout, le café vit au rythme de l'usine. Cela va faire un grand vide", s'attriste-t-elle.

"Le petit commerce va souffrir de cette restructuration", affirme Corinne De Permentier, bourgmestre de Forest. "Ce sont surtout les commerces et les établissements Horeca jouxtant la place Saint-Denis qui sont fréquentés par les travailleurs de VW". Au niveau économique local, la restructuration de VW entraînera une perte sèche de 5 millions d'euros (précompte immobilier, taxe sur la force motrice, etc.) affirme encore Mme De Permentier qui se dit aussi très concernée par le sort des travailleurs. "La perte de 4 000 emplois n'est que la pointe de l'iceberg; si on compte tous les sous-traitants, on arrive à 7 000 ou 8 000 pertes d'emplois", se désole-t-elle encore.

Des conséquences régionales

VW-Forest est aussi et surtout le deuxième fournisseur d'emplois en région bruxelloise. "On compte 620 000 emplois salariés à Bruxelles. Soixante-trois mille sont des emplois dans le secteur de l'industrie, dont 6 000 pour VW-Forest", détaille Mourad Devillers, chercheur à l'Observatoire bruxellois du marché de l'emploi et des qualifications.

Pourtant, très peu de travailleurs de l'entreprise forestoise sont des Bruxellois. La majeure partie d'entre eux vient de Flandre et de Wallonie (surtout du Hainaut). "Cette faible proportion de travailleurs bruxellois représente donc peu pour la Région bruxelloise en termes d'impôt sur les personnes physiques étant donné que cet impôt est perçu en fonction du lieu de domicile du travailleur", explique Vincent Henderick, attaché au cabinet du ministre bruxellois de l'Economie et de l'Emploi Benoît Cerexhe (CDH).

Et de détailler, "350 000 Bruxellois travaillent en région de Bruxelles-Capitale. Comme VW-Forest ne compte que 7 à 10 pc de travailleurs bruxellois, soit 450 à 550 personnes, les retombées en termes d'IPP pour la Région bruxelloise sont extrêmement marginales".

Néanmoins, les conséquences au niveau économique pour la Région bruxelloise sont nettement plus importantes. Car "VW-Forest est un gros site dont les emplois sont directement menacés. En outre s'ajoutent les risques de répercussion en chaîne", déclare M. Henderick.

De fait, la perte d'un emploi dans le secteur automobile de VW-Forest toucherait un emploi chez les sous-traitants directs de VW-Forest (soit plus ou moins 3 000 emplois) mais aussi un emploi chez les sous-traitants qui ne dépendent pas directement de VW-Forest. "Ces derniers pourront cependant mieux se retourner étant donné que leur clientèle est diversifiée", commente M. Henderick. Afin d'évaluer les répercussions sur l'emploi, des contacts ont été pris avec les fournisseurs privilégiés de VW-Forest. "Mais l'impact sur l'économie bruxelloise dépend de la capacité à réintégrer les travailleurs sur le marché de l'emploi bruxellois. Ils représentent une masse salariale qu'il faudra remettre dans le circuit économique", précise encore M. Henderick.

© La Libre Belgique 2006