Que peut faire le gouvernement fédéral belge face aux menaces de réduction des activités de VW Forest ? Officiellement pas grand-chose. Mais en coulisse, le Premier ministre, Guy Verhofstadt déploie une intense activité diplomatique. Depuis plusieurs jours, il a réactivé ses contacts et ses réseaux dans les milieux politiques et économiques allemands, en particulier ceux de la Basse-Saxe, là où se trouve le centre névralgique de VW, à Wolfsburg.

Un contact jugé utile a été établi avec Christian Wulff, le ministre-Président du Land de la Basse-Saxe. L'homme, l'étoile montante du CDU, est d'autant plus intéressant qu'il siège au conseil de surveillance du groupe VW : la Basse-Saxe est effectivement toujours actionnaire à hauteur de 20 pc du groupe VW.

La difficulté pour Guy Verhofstadt, vient du renversement de pouvoir au sein du conseil d'administration de VW. Le chef du gouvernement belge avait, jusqu'il y a peu, noué d'excellentes relations avec Wolfgang Bernhard, patron de la division VW au sein du groupe allemand. Or cet homme a été éloigné par Ferdinand Piëch, le véritable "boss" de Volkswagen que les Belges ne connaissent pas bien. Tout juste s'étonnent-ils, officieusement, que ce dernier ait conclu avec le puissant syndicat IG Metall, un accord jugé extrêmement protectionniste à Bruxelles, en vertu duquel toute la production de la Golf (y compris celle de VW Forest) devrait être reconcentrée à Wolfsburg. Les Belges, plus habitués à faire face aux délocalisations vers des pays où le prix de la main-d'oeuvre est bradé, comprennent mal ce nationalisme d'un autre âge et qui a fait dire à certains Allemands : "La Golf appartient à l'Allemagne comme la Tour Eiffel appartient à la France". Choquant ? Il faut dire que Wolfsburg, siège du groupe VW, vit grâce à l'industrie automobile. A l'occasion de la sortie de la cinquième génération de la Golf, la ville avait été rebaptisée "Golfsburg" (le bourg de la Golf).

Efforts belges

Toutefois, Guy Verhofstadt ne désespère pas d'influencer la décision des Allemands concernant VW Forest comme il le fit naguère avec les patrons allemands de Ford lorsque l'usine de Genk était menacée. A l'époque, Ford avait décidé de délocaliser en Turquie la production des Ford Transit. Ne restait à Genk que l'assemblage des Mondeo, quelque peu boudées par le public. Après des semaines de négociations discrètes, après la promesse belge de réduire les charges sociales qui pèsent sur le travail de nuit et en équipe, les dirigeants de Ford acceptèrent, à la demande des Belges, de confier à l'usine de Genk l'assemblage d'un tout nouveau modèle (la S-MAX) et de la voiture qui doit succéder à la Mondeo. Les Allemands de Ford n'ont pas regretté la décision puisque l'usine de Genk tourne bien et recrute à nouveau : les carnets de commande pour la S-MAX sont pleins. Il faut dire que ce modèle a été désigné voiture de l'année. Sur le plan fiscal, le patron allemand de Ford, M. Boots, est venu plusieurs fois en Belgique afin de s'entretenir avec les autorités belges. Ainsi, un "tuning" précis a été mis au point qui a permis à la Belgique de rendre ses coûts de production compétitifs : chaque fois que le coût horaire baissait en Allemagne, des mesures étaient prises en Belgique pour être juste en dessous du coût salarial de nos voisins. Des solutions ont aussi été apportées via le chômage technique pour alléger le coût du travail. Dumping social ? Peut-être, admet-on, mais cela a permis de garder et même de relancer Ford Genk.

Un autre modèle ?

Au gouvernement belge, on ne croit pas à la fermeture définitive de VW Forest, d'autant que le groupe allemand a récemment investi 40 millions d'euros pour l'Automotive parc, là où ont été regroupés, à 500 mètres de l'usine de Forest, une dizaine de sous-traitants de VW qui alimentent la chaîne de production des Golf et Polo au simple claquement de doigt de ses dirigeants en fonction du carnet de commandes.

Les Belges insistent sur les efforts déjà consentis pour l'industrie automobile : l'aménagement de ce parc pour les sous-traitants au plan local mais aussi les 100 millions d'euros pour réduire le coût des heures supplémentaires, un dispositif actuellement en négociation dans le cadre du futur accord interprofessionnel.

© La Libre Belgique 2006