ENTRETIEN

Banksys a annoncé récemment la disparition de Bancontact/Mister Cash. Ce schéma de paiement sera remplacé d'ici à 2008 par le système Maestro dans le cadre du SEPA («Single Euro Payments Area»), l'espace unique de paiements en euro, au sein duquel toutes les transactions (par cartes, virements, domiciliations, etc.) devront s'effectuer aussi facilement qu'au sein d'un seul et même pays. Le fournisseur belge de services de paiement n'en est pas trop marri, comme nous l'a expliqué son patron, Vincent Roland.

Avec la disparition de Bancontact/Mister Cash, que deviendra Banksys?

La partie de nos activités qui disparaît consiste à définir le fonctionnement de la carte de débit, à crypter les données, à les transmettre aux banques par le biais d'interfaces, etc. Cette activité existe depuis si longtemps qu'elle se résume à un travail de maintenance assuré par deux à trois équivalents temps plein. L'essentiel de notre activité ne change pas.

De quoi s'agit-il?

Il s'agit de notre activité industrielle, qui se décompose en trois grandes familles. Premièrement, nous développons les systèmes informatiques qui traitent les transactions. Or, que l'on passe par Maestro ou par Bancontact/Mister Cash, le nombre de transactions est inchangé. Deuxièmement, nous fournissons des terminaux de paiement. Le passage au schéma Maestro ne modifiera pas le nombre de terminaux. Par contre, il faudra les adapter. Mais les adaptations de ces terminaux sont fréquentes: en moyenne, il y en a une par an. Notre troisième activité est le service en cas de problème technique, de contestation d'opérations, de blocage de carte, etc.

Pourquoi avez-vous cumulé ces activités avec le rôle de gestionnaire du schéma de paiement?

Historiquement, les opérateurs industriels nés en Europe ont également joué le rôle de gestionnaire du schéma de paiement. On partait d'une page blanche, il a bien fallu la remplir. Mais dans le cadre du SEPA, les autorités européennes exigent une séparation entre les gestionnaires de schémas et les opérateurs industriels. Si une entreprise joue les deux rôles, elle doit garantir une indépendance entre ces deux activités. Banksys s'y conformera en mettant un terme au schéma Bancontact/Mister Cash.

Cette décision rend-elle caduque l'enquête du Conseil de la concurrence sur Banksys?

C'est un autre dossier. Les autorités de la concurrence doivent déterminer s'il existe, dans notre chef, un abus de position dominante. Mais on peut très bien être en position dominante sans en abuser.

Que va-t-il advenir de Proton dont le nombre de transactions continue à baisser?

Le porte-monnaie électronique n'est pas repris dans la liste des produits qui doivent migrer vers un système compatible au niveau européen. Proton perturbe beaucoup les spécialistes du marketing: il compte de grands fanatiques mais une masse de gens l'utilisent peu, voire pas du tout. Nous aimerions qu'il y ait un peu plus de fanatiques. En tout cas, en Belgique, rien ne changera pour Proton d'ici à la migration vers Maestro, prévue en 2008. Il se peut même que vers 2010, ce type de produit revienne sur la scène européenne dans le cadre d'une extension du SEPA à d'autres produits, plus «marginaux».

Ce n'est plus un secret, vous cherchez un repreneur. Quid de vos relations avec les banques?

Jusqu'à présent, elles sont à la fois clientes et actionnaires de Banksys. La bonne gouvernance permet de bien distinguer les rôles. Les relations contractuelles avec les banques en tant que clientes sont clairement définies: nous les conserverons une fois que nous aurons trouvé, fin 2006, un nouvel actionnaire, lequel sert surtout à définir les moyens mis à notre disposition pour grandir.

© La Libre Belgique 2006