Correspondant en Allemagne

La spectaculaire arrestation de Klaus Zumwinkel, patron de la Deutsche Post, n'était qu'un début. Une vague de perquisitions déferle sur l'Allemagne. Hier les agents du service antifraude fiscale ont fouillé les bureaux et domiciles de suspects dans six grandes villes, dont Munich, Hambourg et Francfort. La vaste opération vise en tout un millier de personnes ayant apparemment placé 4 milliards d'euros au Liechtenstein.

L'action va durer plusieurs semaines. Selon la "Süddeutsche Zeitung" il y aura près de 25 perquisitions par jour. Un coup de filet en une seule journée auprès de 1 000 personnes serait évidemment l'idéal, mais ce n'est pas possible à cause des capacités restreintes du service antifraude et des parquets locaux.

Le parquet de Bochum, qui coordonne l'action, indique que parmi les suspects Zumwinkel est le seul dirigeant d'un des 30 groupes boursiers du Dax. Parmi les autres figureraient des propriétaires d'entreprises de taille moyenne, mais aussi des personnes fortunées extérieures au monde des affaires. Tous figurent sur un CD-rom qu'un ancien employé de la LGT, banque du Liechtenstein appartenant à la famille princière, a vendu en 2006 au service d'espionnage allemand BND.

Preuves rejetées ?

Zumwinkel avait placé 10 millions d'euros sur le compte d'une fondation personnelle à laquelle il a donné le beau nom "Dévotion" et il aurait de la sorte évité de payer un million d'euros d'impôts. Le parquet de Bochum indique que d'autres doivent des sommes beaucoup plus élevées. En tout l'opération pourrait rapporter entre 300 et 400 millions d'euros au fisc. Le ministre des Finances Peer Steinbrück a donc fait une bonne affaire en autorisant le BND à acheter le CD-rom pour 4,2 millions d'euros.

Toutefois, en agissant de la sorte l'Etat allemand a commis un recel et indirectement financé un crime. La fin autorise-t-elle les moyens ? Plusieurs experts de droit allemands pensent que les tribunaux rejetteront les informations du CD-rom comme preuves. Un expert un peu malin estime au contraire que l'Etat allemand est dédouané, parce qu'il a agi... à l'étranger, soit au Liechtenstein. La chancelière Angela Merkel a déclaré hier qu'elle évoquerait le sujet de la coopération fiscale avec le Premier ministre du Liechtenstein, Otmar Hasler, qui lui rendra ce mercredi une visite prévue depuis longtemps. Au Liechtenstein la fraude fiscale n'est pas un délit. Mais les autorités coopèrent déjà avec Berlin en cas de corruption ou de blanchissement d'argent sale.

Le ministère des Finances a invité les fautifs à s'avouer aux autorités. Dans un tel cas ils profiteront de peines moins lourdes. Ceux qui se dénoncent eux-mêmes sans figurer sur le CD-rom échapperont même aux poursuites pénales. Or, des actions comparables du passé ont montré que la plupart des incriminés préfèrent ignorer les appels du pied de Berlin...