Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles à propos de l'impact de la crise du "subprime" (crédit hypothécaire de mauvaise qualité) sur le secteur financier. Mardi, deux géants américains du refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, s'écroulaient en Bourse, victimes à leur tour de la multiplication des défauts de paiements des ménages américains. Freddie Mac, qui a annoncé des pertes trimestrielles de 2 milliards de dollars, perdait 24 pc. Fannie Mae, également en difficultés, chutait de 17 pc. Ensemble, ces deux groupes privés - mais ayant une mission de service public - détiennent ou garantissent environ 40 pc des crédits hypothécaires des ménages américains.

Lundi, la banque d'affaires Goldman Sachs avait jeté un nouveau froid en brossant un tableau sombre du secteur financier américain et en revoyant à la baisse sa recommandation sur le titre Citigroup. Selon ses analystes, la détérioration du marché de l'immobilier et des conditions d'activité économique vont encore déprécier la valeur des actifs adossés au crédit hypothécaire. La valeur des instruments financiers CDO (collateralized debt obligations) pourrait perdre encore 150 milliards de dollars au total. Ce montant s'ajouterait aux 18 milliards de dépréciations d'actifs déjà inscrites par les institutions financières américaines au troisième trimestre.

"Cercle vicieux"

Les difficultés rencontrées par les banques américaines ne font qu'accentuer la crise de confiance qui touche tout le secteur financier, y compris les banques européennes pourtant moins affectées par ces crédits de mauvaise qualité. "On est dans un cercle vicieux , note Marc Debrouwer, analyste chez Petercam. Les analystes des grandes banques doivent faire attention car ils ont un intérêt commun, à savoir que le système financier reste solide. Même Goldman Sachs, pourtant une des institutions américaines qui a la mieux tiré son épingle du jeu, est prise dans la tourmente" , note-t-il.

Les valeurs financières sont donc au purgatoire et risque de le rester un certain temps. Neil Paul, head of equities chez Morley Fund Management, a écrit un article particulièrement pessimiste hier dans le "Financial Times". Il prévoit notamment des dépréciations supplémentaires et des possibles réductions de dividendes. "Le temps n'est pas propice pour les investisseurs à long terme pour acheter ce secteur" , affirme-t-il.

Marc Debrouwer est un peu plus nuancé. Il est certes évident, à ses yeux, que les banques vont souffrir d'une conjoncture économique moins bonne. En revanche, elles pourraient tirer les leçons de la crise actuelle pour rétablir des marges fortement réduites au cours de ces dernières années.