Après Rik Daems mardi et avant Guy Verhofstadt vendredi, c'était hier au tour de Johan Vande Lanotte d'être entendu par la commission d'enquête parlementaire chargée de faire toute la lumière sur les circonstances de la faillite de la Sabena. Il a évidemment beaucoup été question de l'accord dit de l'hôtel Astoria. Pour rappel, durant la nuit du 16 au 17 juillet 2001, Mario Corti, patron de Swissair, négocie dans un grand hôtel de la capitale avec Guy Verhofstadt, le Premier ministre, et Johan Vande Lanotte un accord visant à mettre un terme au bras de fer juridique engagé par l'Etat belge à l'encontre du groupe suisse. Rik Daems, ministre en charge du dossier, et Ferdinand Chaffart, président du conseil d'administration, restent eux sur la touche. A l'issue de cette réunion, un accord de principe est trouvé: Swissair s'engage à recapitaliser une dernière fois la Sabena en plusieurs tranches - c'est en réalité un ticket de sortie - et l'Etat belge retire ses plaintes. On connaît la suite: la Sabena ne verra jamais la couleur de l'argent suisse, la compagnie à la croix blanche étant dans l'obligation de déposer le bilan 24 heures seulement avant la date du premier versement.

Le gouvernement s'est-il laissé rouler dans la farine par Swissair? En venant à Bruxelles, Mario Corti savait-il pertinemment bien que Swissair n'était pas en état de tenir sa parole? Johan Vande Lanotte n'y croit pas. `Mario Corti n'est pas dingue. Il ne serait pas venu à Bruxelles pour négocier s'il n'avait pas été convaincu qu'il pouvait tenir ses engagements. Sinon, il serait resté chez lui et aurait attendu un procès dont la longueur aurait tué la Sabena. La réputation de Corti n'était pas mince: il savait que donner sa parole et ne pas la tenir signifiait la fin de sa carrière professionnelle. Mon sentiment est que jusqu'au début du mois de septembre, l'intention de Swissair était bien d'honorer ses engagements. Ce n'est qu'après que les choses se sont dégradées rapidement´, a expliqué hier le ministre du Budget. Une vision des choses qui a suscité une certaine perplexité chez le président de la commission Sabena Raymond Langendries, rappelant qu'un consortium de grandes banques suisses avait - en avril 2001, soit bien avant la signature de l'accord Astoria - conditionné l'ouverture d'une ligne de crédit d'un milliard de francs suisses à l'abandon par Swissair de ses participations étrangères, dont la Sabena. `On ne saura probablement jamais la vérité sur ce point dans la mesure où Corti ne viendra jamais s'expliquer à Bruxelles´, a ajouté Raymond Langendries.

Certains parlementaires ont néanmoins jugé que Vande Lanotte et Verhofstadt avaient fait preuve de légèreté, n'exigeant pas des Suisses le paiement immédiat d'une première tranche de capital et en assortissant l'accord de garanties bancaires. `On aurait pu le faire mais cela n'aurait pas changé grand-chose. Nous avons négocié un accord de principe. La concrétisation juridique de l'accord n'était pas de notre responsabilité. C'était le boulot des avocats´, a encore expliqué le ministre du Budget.

© La Libre Belgique 2002