envoyé spécial au bourget

Le président d'Airbus, Louis Gallois, a donné le ton du Salon du Bourget quelques jours avant son ouverture : "J'en appelle à nos partenaires, nos fournisseurs et nos concurrents. Il s'agit de définir ensemble une vision commune de transformer notre industrie en une industrie verte", ajoutant, "J'inclus Boeing dans mon appel." M. Gallois n'est pas homme à venir avec des propositions en l'air : il s'est engagé à ce que les avions produits par l'entreprise rejettent 50 pc de gaz à effet de serre en moins d'ici 2020.

Les préoccupations environnementales ont toujours été présentes dans l'esprit des avionneurs, hélicoptéristes et motoristes, mais indirectement : la raison économique, mue par l'augmentation du prix des carburants, les a amenés à produire des aéronefs moins gourmands, donc plus propres. Mais l'édition 2007 du Salon de l'aéronautique et de l'espace a montré que la donne changeait : l'environnement devient une préoccupation majeure, notamment dans la perspective de l'inclusion du transport aérien dans le marché européen des échanges de permis d'émissions de CO2.

Dans les travées et sur les stands d'exposition, à l'ombre des "chalets" des industriels, l'on a donc beaucoup parlé de ça. Comme le dit Louis Gallois, tout le monde a son chemin à faire vers une aéronautique commerciale plus verte. Le contrôle aérien, en lien avec les compagnies, peut influer sur la consommation de carburant en rationalisant ses procédures. Décidée il y a peu, l'harmonisation des systèmes de contrôle européens et américains va dans ce sens. Permettre aux avions d'utiliser des routes plus directes, amorcer la descente plus tôt, réduire les circuits d'attente avant atterrissage, tout cela devrait réduire la consommation. La compagnie Virgin Atlantic, en coopération avec Boeing, cherche à diminuer la consommation au roulage en remorquant les avions entre les installations aéroportuaires et la piste de décollage.

Place aux motoristes

De leur côté, les avionneurs s'échinent à affiner l'aérodynamique et réduire la masse des aéronefs, notamment par la généralisation des systèmes de commandes électriques et par l'utilisation de matériaux composites. La balle est maintenant dans le camp des motoristes qui la reprennent d'ailleurs au bond : le groupe Safran, partenaire de CFM International avec General Electric, s'est dit satisfait de tests d'un turbomoteur CFM56-7B utilisant un mélange de 30 pc de biocarburant de type ester méthylique d'huile végétale et de 70 pc de kérosène. Equipant la gamme des Airbus A320 et des Boeing 737, le CFM56 est l'un des réacteurs les plus fabriqués, notamment chez Techspace Aero à Bierset. Rien n'arrête l'imagination puisque Boeing et Virgin Atlantic à nouveau, avec le motoriste américain General Electric, étudient un biocarburant à base d'algues susceptible de réduire les rejets de CO2. Rendez-vous en 2008 pour les essais.

Mais la surprise du moment est venue de la compagnie à bas prix easyJet, qui dit travailler avec Boeing et Airbus à l'élaboration d'un "ecoJet" : d'allure très fine, avec une voilure à flèche inversée, celui-ci serait propulsé par un moteur à double rotor non caréné, aussi appelé "propfan", existant depuis une vingtaine d'années. La manoeuvre est claire : les compagnies "low-cost" étant tenues pour responsables d'une grande partie de la pollution atmosphérique, en voici une qui prend le contre-pied, mais l'idée que l'avion soit lancé en 2015 paraît un peu irréaliste...

Les entreprises elles-mêmes ne peuvent ignorer les contraintes environnementales dans les processus de fabrication. Actuellement, les tôles sont amincies à certains endroits par un usinage chimique très polluant. C'est ainsi que l'on travaille sur les bords d'attaque des ailes chez Sonaca. Est maintenant proposé un nouveau système d'usinage mécanique ultra-performant, avec deux broches en vis-à-vis pilotées numériquement, dont l'une est équipée d'une fraise et l'autre chargée de maintenir la forme de la tôle là où elle est travaillée. Plus généralement, Airbus, détenteur du certificat environnemental ISO 14001, se propose de réduire la consommation d'eau de 50 pc de l'entreprise et de 30 pc sa consommation en énergie d'ici 2020.