La crise financière a connu un rebondissement inquiétant vendredi, la Banque d'Angleterre devant se porter en urgence au secours de la huitième banque du pays, Northern Rock, à laquelle plus aucune autre banque ne veut prêter d'argent. Par une décision conjointe avec le régulateur des marchés, la FSA, et le ministère des Finances, la BoE a décidé d'exercer sa fonction de "prêteur en dernier recours", en mettant à disposition de cette banque spécialisée dans le crédit immobilier les fonds nécessaires au financement de ses opérations "pendant qu'elle travaille à régler son problème de liquidité actuel". Un tel mouvement est rare.

Un cas extrême, vraiment ?

Selon les commentateurs, il n'est pas arrivé dans le pays depuis une trentaine d'années, et il est prévu pour les cas extrêmes où "la faillite d'une banque amènerait un dommage économique sérieux, y compris pour les clients de la banque", selon les autorités, à cause d'un effet domino qu'elles redoutent particulièrement.

Impact sur la Bourse

Les prêts, à un "taux pénalisant" que la BoE n'a pas révélé (vraisemblablement un point au-dessus de son taux de base, soit 6,75 pc) sont garantis par les prêts immobiliers faits par Northern Rock. Cette annonce dépasse le seul cas de Northern Rock, comme l'a montré la baisse de plus de 2 pc de la Bourse de Londres en milieu de journée, avec toutes les banques dans le rouge, dont un recul de près de 25 pc pour Northern Rock, qui a averti de surcroît que son bénéfice annuel serait assez nettement en dessous des attentes.

Le directeur général de Northern Rock, Adam Applegarth, a indiqué qu'il avait approché la BoE il y a quelques jours, en constatant que "le dégel du crédit espéré en septembre ne se concrétisait pas". Pour lui, les choses ne s'amélioreront pas "tant que les banques n'énonceront pas clairement ce qu'il y a dans leurs bilans", notamment en terme d'exposition au crédit à risque américain ("subprime"). Le directeur général a indiqué "qu'il ne serait pas surpris si ce qui arrive à Northern Rock arrivait à d'autres. Mais ce ne sont que des conjectures", a-t-il ajouté. Il a cependant considéré "qu'il n'avait jamais vu une telle situation en 25 ans". M. Applegarth a voulu cependant apaiser ses clients, 1,5 million d'épargnants et 800 000 souscripteurs de crédits immobiliers. "A leur place, je serais rassuré d'avoir la BoE derrière moi", a-t-il dit. L'association des banquiers britanniques a aussi estimé que "Northern Rock n'était pas un prêteur irresponsable", mais "une institution financière extrêmement saine". A Newcastle (nord-est de l'Angleterre), où Northern Rock a son siège, la clientèle inquiète faisait cependant la queue vendredi, certains clients étant manifestement décidés à retirer leurs économies, tandis que des agents de banques concurrentes distribuaient des prospectus dans la file d'attente. Le ministre des Finances, Alistair Darling, a mis en cause l'imprudence générale des banques, notamment américaines. Le ministre avait fait savoir dès jeudi dans le Daily Telegraph qu'il allait saisir ses homologues du G7 pour voir avec eux comment resserrer la régulation mondiale de ce secteur. "Les institutions financières doivent savoir clairement à qui elles prêtent, et si on observe l'orgine du problème aux Etats-Unis, peut-être que si quelqu'un là-bas avait soigneusement regardé à qui ils prêtaient leur argent, certains de ces problèmes auraient été évités", a-t-il lancé. (AFP)

© La Libre Belgique 2007