Le plan de restructuration d'Airbus a relancé le débat sur la composition du capital et la répartition du pouvoir entre public et privé au sein de sa maison mère EADS, actuellement sous le contrôle des actionnaires industriels.

Le capital du groupe européen d'aéronautique et de défense est partagé entre actionnaires français et allemands, privés et publics, avec d'un côté Lagardère (15 pc qui va baisser à 7,5 pc à partir de juillet) et l'Etat français (15 pc), de l'autre DaimlerChrysler (15 pc) et un consortium d'investisseurs (7,5 pc) incluant des Länder allemands. Mais en vertu du pacte d'actionnaires signé lors de la création du groupe en 2000, ce sont Lagardère et DaimlerChrysler qui détiennent les droits de vote, qui leur confère le pouvoir de gestion et de décision.

Partenaire dormant

Dans cette configuration, l'Etat français tout comme les régions allemandes sont théoriquement cantonnés à un rôle de "partenaire dormant". Mais l'annonce de 10 000 suppressions d'emplois chez Airbus et ses sous-traitants, dont 4 300 en France, a fait ressurgir les velléités des acteurs publics français d'avoir voix au chapitre.

Le Premier ministre français Dominique de Villepin a affirmé lundi que l'Etat était prêt à remettre au pot, en participant "avec les autres actionnaires" à une augmentation du capital d'EADS. Il en a profité pour souhaiter que "la question de la gouvernance soit posée".

Huit régions socialistes souhaitent elles aussi entrer au capital d'EADS, à l'instar des Etats régionaux allemands, une démarche soutenue par la candidate PS à l'élection présidentielle Ségolène Royal.

Ce scénario d'une montée en puissance de l'actionnariat public n'est pas du goût des dirigeants d'EADS, qui y voient un synonyme d'interventionnisme accru. "Je préférerais une entreprise sans participation de l'Etat", souligne le coprésident allemand d'EADS, Thomas Enders, dans une interview publiée lundi. Mais la question de l'évolution de l'actionnariat d'EADS est d'autant plus inéluctable que DaimlerChrysler et Lagardère sont en train de réduire de concert leur participation au capital du groupe, et ont jusqu'à présent exclu de remettre la main à la poche.

Le candidat UDF François Bayrou a souhaité que les actionnaires privés prennent eux aussi leurs "responsabilités", en plaidant pour un "nouvel équilibre" entre eux et l'Etat. EADS devrait prochainement faire appel au marché pour financer notamment le nouveau long-courrier d'Airbus, l'A350, dont le développement est estimé à 10 milliards d'euros.

En France comme en Allemagne, on est soucieux de préserver un noyau stable d'actionnaires qui, selon le ministre français de l'Economie Thierry Breton, présente le "mérite" d'être "défensif" contre toute OPA sur un groupe considéré comme stratégique dans l'aéronautique et la défense.

"Pour le moment, nous ne devrions pas accepter d'autres actionnaires au sein du pacte d'actionnaires d'EADS", a insisté lundi la chancelière allemande Angela Merkel. (AFP)