Il n'y a pas que les banques qui ont souffert de la crise du "subprime" (crédits hypothécaires pour revenus modestes), les "private equity" (fonds d'investissement) sont aussi touchés. C'est notamment le cas du fonds anglais 3i. Il a engagé une réflexion de cession de certains de ses actifs pour renforcer sa trésorerie, d'où sa demande à la banque d'affaires UBS de trouver un candidat repreneur pour ABX Logistics Worldwide racheté à la SNCB il y a environ 19 mois. Selon nos informations obtenues à bonnes sources, le groupe belge intéresse plusieurs acheteurs potentiels. "Il y a des groupes américains, chinois et japonais qui ont manifesté leur intérêt pour ABX Logistics, ce qui témoigne de la bonne santé de l'entreprise belge et de sa position stratégique sur le marché", nous a confié une source proche du dossier. Il semble, par ailleurs, que le groupe koweïtien PWC Logistics lorgne également sur ABX Logistics, de même que des européens comme le français Geodis (filiale de la SNCF, les Chemins de fer français) et le suisse Kühne Nagel qui sont de potentiels acheteurs.

D'après des observateurs, l'arrivée de partenaires américains ou asiatiques dans le capital du logisticien signifierait le rapprochement d'activités complémentaires. Ils estiment que ABX a prouvé qu'il peut évoluer seul, mais "pour sauter un pas dans sa croissance, un partenaire asiatique ou américain doperait ses opérations dans ces zones".

ABX, un atout stratégique

Ce serait aussi une garantie pour le développement des activités en Europe en général et en Belgique en particulier, car ABX Logistics deviendrait alors la tête de pont de leurs opérations sur le continent. L'intérêt que suscite l'entreprise belge ne surprend pas Johan Vande Lanotte (SP.A), ancien ministre de tutelle de la SNCB, lors de la cession d'ABX Logistics Worldwide à 3i. "C'est une situation tout à fait normale. ABX est aujourd'hui une entreprise stable qui a centré ses activités sur le fret maritime et aérien. Elle est aujourd'hui un atout stratégique pour de grands groupes dans leur politique de développement", nous a-t-il confié, saluant en passant le travail de Laurent Levaux, CEO d'ABX Worldwide. Il indique que ces divers intérêts témoignent que "nous avons sauvé ABX et que l'assainissement a réussi".

ABX est aujourd'hui un des 15 grands transporteurs mondiaux par air et mer. Il emploie environ 8 000 personnes dans 100 pays. Il a réalisé, en 2007, un chiffre d'affaires d'environ 2 milliards d'euros et un résultat opérationnel d'environ 55 millions d'euros contre 34 millions en 2006. Preuve de la bonne santé du groupe belge, il a remboursé un prêt de 80 millions d'euros à 3i. "Nous avons réalisé une bonne année 2007 et 2008 s'annonce bien", nous a répondu laconiquement Laurent Levaux.

C'est en août 2006 que le fonds anglais a racheté ABX à la SNCB en payant les actions à 10 millions d'euros sur une valeur d'entreprise d'environ 300 millions d'euros (dettes, garanties financières comprises). Il aurait aussi réalisé une augmentation de capital d'ABX de près de 60 millions d'euros. Aujourd'hui, selon les estimations de la banque UBS, ABX vaudrait le double de sa valeur, soit près de 600 millions d'euros. Par conséquent, l'opération de cession partielle ou totale que s'apprête à réaliser 3i (d'ici 2009, d'après des observateurs) ne pourrait qu'être bénéfique pour les dirigeants du fonds britannique coté à la Bourse de Londres.Respecter les engagementsLa question est de savoir si les engagements pris par 3i à l'égard de la SNCB seront maintenus et respectés en cas de cession à un autre partenaire. En 2006, le fonds s'était engagé à ne pas délocaliser le centre de décision et le siège social d'ABX hors de Belgique durant 4 ou 5 ans. "Il faut d'abord connaître les intentions de 3i et évaluer les différentes offres pour en retenir la meilleure. Mais il est clair que les engagements pris par 3i en 2006 doivent être respectés", nous a dit Karel Vinck, ancien patron de la SNCB lors de la cession. Selon nos informations, Johan Vande Lanotte aurait rencontré, au nom des autorités belges, les dirigeants de 3i pour leur rappeler la position du gouvernement : maintenir le siège social et le centre de décision en Belgique où on considère que la logistique est une des voies de développement.