Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le président de Volkswagen, Martin Winterkorn, a salué en des termes lyriques la prochaine reprise du principal groupe automobile européen par Porsche.

"Ensemble, nous serons le meilleur constructeur automobile du monde", a-t-il lancé à la conférence de presse annuelle. L'amateur de football a ajouté : "C'est comme si le talent et les qualités offensives de Marcelinho et de Mario Gomez se réunissaient dans un seul joueur. Notre partenariat aura un énorme potentiel."

Au siège de Wolfsburg, le président n'a pas pu dire quand Porsche Automobil Holding de Stuttgart augmentera comme prévu sa participation dans VW de 31 pc actuellement à plus de 50 pc. Il y a quelques jours, Porsche avait rejeté une information selon laquelle il tenterait même d'obtenir 75,1 pc du capital.

Les louanges dithyrambiques du président sur l'alliance avec Porsche n'induisent pas en erreur. Tout le monde sait que Winterkorn est à couteaux tirés avec Wendelin Wiedeking, l'intempestif patron du constructeur de voitures de sports qui siège au conseil de surveillance de VW. L'an dernier, Wiedeking avait effrayé le personnel de Volkswagen en annonçant qu'il fallait sacrifier des "vaches sacrées". Il aurait même préconisé la fermeture du site de Forest.

Désaccord persistant

Hier, devant la presse, Winterkorn n'a pas osé attaquer directement son rival Wiedeking. Mais il a critiqué le désaccord existant entre le conseil d'entreprise de VW et le patron de Porsche sur l'importance à accorder aux représentants ouvriers de VW dans le nouvel ensemble, disant : "Nous avons besoin de clarté pour pouvoir enfin définir le jeu en commun." Si le désaccord sur la composition du banc ouvrier au conseil de surveillance persiste, le tribunal du travail de Stuttgart devra trancher le 29 avril.

Winterkorn a aussi fait un commentaire malicieux sur la volonté du gouvernement Merkel de préserver en partie la loi VW pourtant abolie l'an dernier par la Cour de justice européenne. On sait que le gouvernement envisage de fixer à 80 pc (contre 75 pc normalement) la majorité nécessaire pour des décisions importantes à l'assemblée générale.

Wiedeking a vivement protesté. Hier, Winterkorn a dit, énigmatique : "Nous n'avons pas besoin de l'ancienne mouture de la loi VW", ce qui sous-entend qu'il s'accommoderait du nouveau texte déplaisant à Wiedeking. Les affaires de VW, elles, roulent très bien. Le résultat opérationnel a triplé, passant de 2 milliards d'euros en 2006 à 6,2 milliards, record absolu. Les ventes de voitures ont augmenté de 8 pc à 6,2 millions et, à l'horizon 2011, le président veut les porter à 8 millions d'unités.