Rarement le départ d'un manager aura davantage surpris les milieux d'affaires allemands. La démission impromptue de Bernd Pischetsrieder, patron de Volkswagen, a eu l'effet d'un choc. Beaucoup ont du mal à comprendre pourquoi le premier groupe automobile européen renonce subitement à l'artisan d'une restructuration bien engagée.

Le communiqué laconique annonçant le départ parle d'une décision prise "d'un commun accord" entre l'intéressé et le présidium du conseil de surveillance. Au siège de Wolfsburg un porte-parole s'est bien gardé de commenter l'affaire.

Reconduit pour cinq ans !

Le conseil de surveillance n'avait-il pas reconduit pour cinq ans en mai dernier le mandat du président du directoire ? Maintenant, celui-ci passera le flambeau fin décembre à Martin Winterkorn, chef de la performante filiale bavaroise Audi.

C'est déjà la deuxième fois que Pischetsrieder est limogé. En 2000, il avait dû quitter BMW, dont il avait été le chef depuis 1993. La famille Quandt, grand actionnaire du constructeur automobile de Munich, l'avait renvoyé à cause du malencontreux engagement de BMW dans Rover en Angleterre.

Un manager hors pair

Toujours en 2000, le président de Volkswagen de l'époque, Ferdinand Piech, avait engagé le manager hors pair. "On ne tombe pas deux fois de cheval", avait-il dit pour justifier son choix.

Piech fit de lui son successeur quand il abandonna, en avril 2002, la présidence du directoire; le patriarche prit ensuite la direction du conseil de surveillance. Puis, pour une raison qu'on ne connaît pas, le très susceptible Piech se brouilla avec Pischetsrieder, pourtant un fumeur de pipe placide, réfractaire aux intrigues.

Début 2006, le "vieux" fit campagne contre son successeur et mit en doute la reconduction de son mandat en affirmant qu'il avait contre lui tout le banc ouvrier. Le chef de l'IG Metall, Jürgen Peters, est vice-président du conseil de surveillance de VW et on sait qu'il n'aime pas Pischetsrieder.

Ce n'est que le 2 mai que le conseil de surveillance prolongea le mandat; le lendemain, le 3 mai, à l'assemblée générale à Hambourg, les petits actionnaires huèrent Piech et soutinrent vigoureusement Pischetsrieder.

Consensus sur la stratégie

Depuis, le groupe a mis en route l'ambitieux plan d'assainissement prévoyant le départ de 20 000 employés de la marque VW en Allemagne et de plusieurs milliers de collaborateurs dans les usines d'Europe occidentale, dont Forest. Actuellement, il y a consensus sur la stratégie du groupe.

Alors pourquoi ce départ ? Pour des raisons qu'on ne connaît pas encore, le nouveau grand actionnaire Porsche, qui possède 22 pc du groupe automobile allemand, a probablement rallié le camp des adversaires de Pischetsrieder.

Le nouveau patron, Martin Winterkorn, très lié à Piech, devra nécessairement poursuivre l'assainissement; depuis qu'il a pris la direction d'Audi en 2002, il siège d'office au directoire de la société mère Volkswagen et a toujours approuvé la politique du partant.

© La Libre Belgique 2006