CORRESPONDANT EN ALLEMAGNE

Bernd Pischetsrieder monte au créneau. Exposé depuis des semaines aux attaques d'adversaires de sa politique de restructuration musclée, le président du directoire de Volkswagen passe à la contre-attaque. Hier, à la conférence de presse annuelle du groupe automobile, il a insisté: «Nous devons assainir VW, il n'y a pas de solution de rechange.»

La semaine dernière, son prédécesseur Ferdinand Piëch, actuellement président du conseil de surveillance, avait insinué que les représentants ouvriers au conseil ne voteraient pas en avril pour la reconduction du mandat de Pischetsrieder, considéré comme trop peu social: en février, il avait annoncé le départ de 20000 employés au cours des trois prochaines années. A noter que les délégués ouvriers sont absolument muets. La rumeur court que le «patriarche» Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, préférerait, à la tête de VW, Martin Winterkorn, chef de la performante filiale Audi. Hier, en présence de son prétendu rival Winterkorn, Pischetsrieder a défié ses détracteurs en disant: «Nous n'admettons pas qu'on nous désunisse. Pour l'emporter, les membres du directoire devront travailler en commun.»

Pour l'avenir du groupe, il est important que le président ait répété hier son intention de faire partir 20000 personnes. Tous les experts automobiles sont convaincus que Volkswagen doit enfin rompre avec son passé douillet de consensus social, de salaires ouvriers exorbitants, de sinécures syndicales. Devant les journalistes, Pischetsrieder n'est pas allé au-delà de ce qu'il avait annoncé le 10 février dernier. Concernant l'éventuelle vente ou la fermeture d'usines de composants non compétitives, il a cependant exclu l'abandon de productions clés comme les moteurs et les boîtes de vitesse. Il n'a rien dit non plus sur la fermeture (assez improbable) d'usines entières. «Actuellement nous négocions avec le conseil d'entreprise et le syndicat IG Metall les chemins menant concrètement aux améliorations structurelles et aux hausses de productivité», a-t-il indiqué. On sait qu'un accord d'entreprise de 2004 interdit des licenciements massifs jusqu'en 2011. Tout comme Opel et Daimler, Volkswagen devra offrir des primes de départ volontaire.

Certes, VW n'est pas aux abois: en 2005, le groupe a réussi à porter son résultat opérationnel à 2,8 milliards d'euros (+ 70pc) et le résultat net à 1,1 milliard (+ 61pc), mais cela est surtout dû au succès d'Audi, de Skoda et des services financiers. La marque VW, elle, avec les Golf, Passat, etc., a tout juste réussi à sortir du rouge, ce qui est «absolument insuffisant», a remarqué le président. Le groupe entier a l'intention de tripler le bénéfice avant impôt, de 1,7 milliard d'euros en 2005 à 5,1 milliards en 2008. Mais pour cela, il faut que l'assainissement aboutisse.

© La Libre Belgique 2006