Y aura-t-il un "Audi Bruxelles" en lieu et place de l'usine de Volkswagen à Forest ? Rien n'est moins sûr. Car le plan proposé par la direction de la marque de luxe du premier constructeur automobile européen (LLB du 24/02) est contesté par les travailleurs de l'usine.

Pour rappel, dans le cadre de son projet pour l'avenir du site bruxellois, la direction d'Audi s'est engagée à garantir l'emploi de 2200 personnes à Forest grâce à la production, dès la fin 2009, en exclusivité pour le groupe de l'Audi A1 et d'une partie des volumes de la nouvelle Polo. En fonction du succès commercial de l'A1, l'usine bruxelloise pourrait ainsi assembler 118 000 voitures par an à l'horizon 2010 et jusqu'à 170 000 en 2012. Mais la direction allemande a posé ses conditions. Il faut y réduire les coûts de 20 pc. Comment ? En allongeant le temps de travail de 35 à 38 heures/semaine sans augmentation salariale et en introduisant une variabilité des primes en fonction de la productivité et de la présence à son poste.

Pour la direction d'Audi, qui était présente lundi à Bruxelles, le temps presse. Elle doit en effet présenter, le 6 mars en Allemagne, son plan d'investissements pour les cinq prochaines années. Et dans ce cadre, un accord signé avec les syndicats est impératif. En d'autres termes, si le personnel bruxellois refuse ce plan, le constructeur allemand ira produire son nouveau modèle dans un autre site du groupe Volkswagen. Ce qui signera l'arrêt de mort de VW Forest, qui a perdu depuis le début de l'année la fabrication de la Golf.

En arrivant lundi matin à l'usine, les travailleurs ont été informés des grandes lignes de la déclaration d'intention d'Audi mais ont refusé que les syndicats la signent sans demander leur avis. Ils sont partis en grève pour protester notamment contre l'allongement du temps de travail pour le même salaire. L'équipe de l'après-midi a également débrayé. "La pilule est difficile à avaler pour les travailleurs car ces dernières années, pour préserver un maximum d'emplois sur le site, ils ont accepté de réduire le temps de travail (de 38 à 35 h) en laissant tomber des augmentations salariales de 8 à 9 pc. A présent, ils vont devoir retravailler plus sans compensation salariale et donc payer une deuxième fois", explique André Langhendries, délégué de la FGTB de VW Forest. "Mais, ajoute-t-il, c' est à prendre ou à laisser. Si on ne signe pas, Audi repart avec son projet et c'est la fin de VW Forest". Les usines de Seat, marque qui fait également partie du groupe VW et où le coût du travail est bien inférieur (28€ brut/heure contre 40 € pour VW Forest), sont en effet candidates à la production de la nouvelle Audi.

Peu après 21 heures, on apprenait que direction et syndicats avaient finalement signé une déclaration d'intention sur le "plan Audi" lors du conseil d'entreprise extraordinaire. Ce mardi, ce sera aux travailleurs de VW de se prononcer sur ladite déclaration.

Acquis remis en cause

On l'a compris : le résultat de ce vote sera crucial pour la survie du site et de ses 2 200 emplois restants. Mais aussi parce que si le personnel rejette le plan, tous les acquis négociés (primes de départs alléchantes et conditions avantageuses de prépensions) pour les travailleurs qui ont décidé de quitter l'entreprise - ils sont plus de 3000 - dans le cadre de la restructuration annoncée en novembre dernier seront remis aussi en cause.