"La Bafin a au minimum pris à la légère ses obligations d'information, de prévention, et de dénonciation des manipulations de marchés", juge le cabinet d'avocats Tilp, qui représente les requérants, dans un communiqué vendredi, annonçant le dépôt, la veille, d'un dossier devant le tribunal de Francfort.

La Bafin se voit accusée de "manquement à ses obligations" dans cette affaire, qui a éclaté en juin, lorsque la société de paiement en ligne a avoué que 1,9 milliard d'euros inscrits sur ses comptes n'existaient certainement pas.

Arrêté puis libéré contre une caution, le fondateur et ancien patron de Wirecard, l'autrichien Markus Braun, a été à nouveau placé en détention provisoire mercredi, aux côtés de deux ex-directeurs, quand les charges se sont alourdies.

La justice reproche aux dirigeants notamment d'avoir "gonflé" dès 2015 le bilan en "inventant des recettes", avait alors expliqué une porte-parole du parquet de Munich.

Les autorités de régulation se retrouvent depuis le début de l'affaire sous le feu des critiques.

Les investisseurs représentés par Tilp reprochent concrètement à la Bafin de ne pas avoir informé le public des enquêtes qu'elle avait diligenté dès février 2019 contre Wirecard, quand le journal Financial Times avait révélé des irrégularités de comptabilité.

Si elle a mis au courant le ministère des Finances, la Bafin a enclenché publiquement des procédures contre les journalistes du FT et a interdit temporairement les ventes à découvert sur les actions de Wirecard, qui affirmait être la proie de spéculateurs agissant de façon coordonnées avec le journal.

"Notre conviction est que la Bafin doit des dommages et intérêts au moins à tous les acheteurs des obligations et actions Wirecard, ainsi que de ses dérivés", depuis février 2019, décllare le cabinet.

Cette affaire, qui ternit la réputation de sérieux de l'économie allemande, est "un désastre complet" et une "honte" pour le pays, a déjà reconnu le patron de la Bafin, Felix Hufeld.

Le gouvernement allemand, qui a quant à lui dénoncé un "scandale sans équivalent dans le monde de la finance", a promis une "réforme des organes de régulation" que le ministre des Finances Olaf Scholz doit présenter prochainement.