Nous attendons que Monsieur Mersch devienne Madame Mersch. Tant que cette opération n’aura pas eu lieu, le Parlement européen restera dubitatif sur l’opportunité de sa nomination au directoire de la Banque centrale européenne (BCE)." Par cette formule - à l’emporte-pièce - Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts au Parlement européen résumait la fronde menée par l’institution à l’encontre du président de la Banque centrale luxembourgeoise, Yves Mersch, pressenti par le Conseil comme sixième membre de l’aréopage dirigeant la BCE, un poste vacant depuis mai.

Le malaise couvait depuis un bout de temps et c’est une fronde hostile que l’impétrant a dû affronter lundi soir, lors de son audition par la commission des affaires économiques du Parlement européen. Il a d’ailleurs été recalé sans ambages puisque c’est par 21 voix contre 13 et 12 abstentions que les eurodéputés présents ont émis un avis négatif sur sa nomination.

Motif officiel : l’absence de femme au sein de cette instance. "Le débat a été violent sur le thème de trop c’est trop", commentait mardi matin le Vert français Jean-Paul Besset. "Nous ne voulons pas que des "costumes gris" au Directoire." Dans la foulée, une résolution en ce sens sera soumise au vote de l’ensemble des eurodéputés jeudi et gêne déjà beaucoup Commission et Conseil. S’exprimant à ce sujet mardi matin, dans l’hémicycle, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a tenté de calmer les esprits. Il reconnaît une "sous-représentation des femmes flagrante, en particulier dans les secteurs économiques et financiers " mais appelle à pourvoir "d’urgence" ce poste vacant en demandant au Parlement de prendre une décision basée "sur les seuls critères de la compétence professionnelle et de l’expérience".

Tentant de calmer les esprits, Van Rompuy certifie avoir lancé un appel "à tous les chefs d’Etat et de gouvernement pour identifier de bonnes candidates pour les postes vacants au niveau européen" mais nombre d’eurodéputé(e) s ne sont pas disposé(e) s à attendre une prochaine nomination en 2018 pour voir la BCE se féminiser.

"Il faut le faire maintenant", a rétorqué la co-présidente des Verts Rebecca Harms alors que la socialiste française Pervenche Bérès rappelait en coulisses que Yves Mersch avait déjà été recalé en 2011 lors de la nomination du Belge Peter Praet. "On ne l’avait pas trouvé bon, on ne le trouve toujours pas bon. Il est d’un conservatisme absolu notamment sur le thème très important pour notre famille politique de la taxe sur les transactions financières."

Pour Pervenche Bérès, l’argument de genre vient en dernière place des griefs qu’elle formule contre cette candidature. Elle était bien seule sur cette ligne dans un Parlement européen qui, officiellement, reproche uniquement à Yves Mersch d’être un homme.

L’avis de Strasbourg n’est que consultatif, ce sera au Conseil de trancher et le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker continue de soutenir son compatriote. Un passage en force fragiliserait cependant celui-ci et serait, de l’avis de la libérale française Sylvie Goulard, un étrange message adressé à "des citoyens européens en train de se détourner de l’Europe."