La construction en demande-t-elle trop à nos portefeuilles?

Le salon Batibouw a ouvert ses portes au grand public ce samedi. Encore plus que les autres années, les visiteurs y chercheront des solutions financièrement abordables.

La construction en demande-t-elle trop à nos portefeuilles?
©BELGA
Olivier Standaert

Au cœur de la préoccupation de plus en plus générale pour la construction durable, Thomas & Piron joue à contretemps, en ce début de Batibouw, en remettant en question ses conséquences financières de plus en plus lourdes pour les maîtres d’ouvrage. Les Maisons Blavier, autre gros bras de la construction neuve clé sur porte, en ont remis une couche, en critiquant, enquête à l’appui, la hausse régulière des exigences en matière de performance énergétique des bâtiments (PEB) ou de production d’énergies renouvelables. 

Alors que d’autres acteurs (voir "La Libre Immo" de ce jeudi 20 février) affirment au contraire que la notion de surcoût tend à perdre progressivement de sa pertinence et que l’effet de masse du marché fait baisser peu à peu les prix (tous les acteurs offrent des solutions commerciales), le débat prend une tournure cruciale pour le consommateur : si personne ne conteste plus l’utilité de mieux isoler et de consommer moins d’énergies "grises", comment concilier cette volonté avec les contraintes budgétaires ? La construction durable risque-t-elle de manger une trop grande part du budget de construction ? "Nos bâtiments répondent aux normes imposées, qui se situent déjà, selon nous, au-delà de l’optimum économique" , estime Yves Arnould, directeur commercial de Thomas & Piron. 

En clair, le retour sur investissement deviendrait trop long au-delà des prescriptions actuelles, et n’excéderait pas les quelque 500 euros annuels d’économies. La thèse de Thomas & Piron, validée par d’autres, devient alors : celui qui veut en faire beaucoup plus n’y gagnerait pas grand-chose. "Lorsqu’on voit poindre à l’horizon 2020 les exigences du standard passif, nous estimons que cela exige entre 15 et 20 % de budget additionnel par rapport au modèle de base que nous proposons, et qui répond évidemment aux normes d’isolation exigées" , ajoute Yves Arnould.

Le mieux, l’ennemi du bien ?

"La nouvelle réglementation wallonne, mais aussi flamande, oblige à des investissements de plus en plus lourds, qui ne seront amortis qu’à long terme , constate Louis Amory, administrateur délégué des Maisons Blavier. Il faut rester visionnaire, et le standard passif tire le marché vers un mieux. Mais il faut aussi rester réaliste et proposer des solutions qui sont abordables." Raison pour laquelle les acteurs du clé sur porte proposent une gamme allant crescendo dans les performances énergétiques : sans surprise, les modèles de base sont plus abordables que les "presque passif". La majorité des futurs propriétaires s’en contentent. "Pourtant, on constate une évolution depuis cinq ou six années. Ceux qui ont des moyens optent en général pour des maisons encore plus performantes. C’est devenu quasi systématique. Auparavant, non" , indique Louis Amory.

Offres tout compris

Chez Team Construct, qui propose explicitement des maisons passives certifiées (chose que peu font dans le secteur), on confirme que le passif représente en moyenne 40 000 euros de surcoût sur des projets oscillant entre 150 et 200 000 euros. "Moins de 10 % de nos constructions sur l’année écoulée étaient passives" , confirme le responsable du stand Batibouw.

Pour les acteurs du clé sur porte, la hausse des exigences en PEB, adoptée de manière décalée d’une région à l’autre, représente un enjeu de taille : obligés de suivre les prescriptions, ils n’en veulent pas moins rester des interlocuteurs attractifs. La lutte pour les parts de marché passe le plus souvent par une offre tout compris suffisamment attractive pour ne pas préférer un projet de rénovation lourde d’un bien existant. Pour Louis Amory, il y a matière à des réflexions plus larges : "Aller plus loin que les normes actuelles de PEB, c’est prendre une assurance contre les chocs énergétiques. C’est un scénario qui n’est pas à exclure. Mais celles qui existent aujourd’hui offrent déjà un bon compromis pour le secteur et les maîtres d’ouvrage. Plus largement, je pense que le foncier est assez mal exploité chez nous, et qu’on devrait encourager des démarches de démolition et de reconstructions durables, avec des incitants fiscaux. Ce serait un pas en avant, qui régénérerait le bâti belge vers une PEB de qualité."

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