Économie circulaire : la construction en première ligne

Évolution des mœurs oblige, on entend beaucoup parler d’économie circulaire dans le secteur de la construction. Dans le cadre de la « Journée Chantiers Ouverts », nous avons rencontré Laurent Schiltz, secrétaire général de la CCBC (Confédération Construction Bruxelles-Capitale) et Hugues Kempeneers, manager de la CCBC.

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L’économie circulaire est un concept récent dont on parle depuis 2014, mais qui s’est réellement officialisée à Bruxelles en 2016 via le PREC (Programme Régional en Économie Circulaire). Globalement, la construction circulaire est une nouvelle appellation de la construction durable, qui englobe un grand nombre de thématiques. On pense ici aux économies d’énergie, à la gestion des déchets, aux matériaux et à leur réutilisation, à l’intégration de projets dans leur environnement, mais aussi aux formations et à l’emploi. En une phrase, l’économie circulaire pourrait se résumer par « une construction qui s’intègre et bénéficie au mieux à son environnement local en causant le moins de désagréments possibles, tout en englobant l’ensemble des ressources, y compris humaines. »

Un zoom sur l’économie circulaire

Dans le cadre de la « Journée Chantiers Ouverts », trois projets mettront l’économie circulaire à l’honneur. Le premier, le ZIN (la rénovation des anciennes tours du World Trade Center dans le quartier de la gare du Nord), en constitue l’un des fleurons. « Il s’agit actuellement du projet circulaire le plus important de Belgique, observe Hugues Kempeneers. En effet, de nombreux matériaux sont démontés plutôt que démolis, afin d’être réutilisés. On parle notamment de lavabos et de vitrages, que l’on va réutiliser ailleurs en réduisant les pertes au maximum. Il y a toute une réflexion en amont afin d’optimiser cette réutilisation. » A terme, ce bâtiment de bureaux se muera en un espace multifonctionnel avec 75 000 m² de bureaux, 14 000 m² de logements, et 16 000 m² d’hôtel.

La chaleur des égouts...

Deuxième projet sublimant l’économie circulaire, le projet « U », commandé par la commune d’Uccle. Celui-ci propose d’utiliser la chaleur de l’eau des égouts pour chauffer le nouveau centre administratif de la commune d’Uccle. Ce projet lié à la performance énergétique trouve également sa place dans l’énergie circulaire. Cette exclusivité belge fonctionne dans la même lignée que la géothermie ou encore la récupération de chaleur des chaudières à condensation. Cette technologie unique en son genre a été brevetée par Vivaqua.

Les ressources humaines aussi

Troisième projet présenté lors de la « Journée Chantiers Ouverts » : le nouveau siège de BNP Paribas Fortis. Deux éléments particuliers caractérisent ce chantier. Tout d’abord, un bassin d’orage fonctionnant selon le principe de l’inertie thermique. Aménagé au sous-sol, ce bassin chauffe et refroidit l’eau en fonction des saisons, tandis que la chaleur est restituée au bâtiment aux moments les plus opportuns selon la technologie STES (Seasonal Thermal Energy Storage). Deuxième particularité du chantier : l’utilisation de valoristes, un nouveau métier développé dans la foulée de l’économie circulaire afin de valoriser les déchets. « Auparavant, on jetait tout dans des conteneurs, explique Laurent Schiltz. Aujourd’hui, en revanche, l’approche est la valorisation des déchets, autant que faire se peut. Cette nouvelle profession de valoriste permet de trier, réemployer, recycler ou en dernier recours revaloriser énergétiquement tout ce qui peut l’être. Prenons l’exemple des châssis : plutôt que de tout démolir, le valoriste va analyser la situation, et demander de démonter proprement la structure afin de récupérer le PVC et le vitrage, par exemple. » Des formations sont déjà proposées, mais ces principes vont aussi s’intégrer à tous les métiers de la construction. A noter que dans le cadre du chantier BNP Paribas, l’accent circulaire a aussi été mis sur la minimisation des nuisances et la communication avec le voisinage, très dense.

Des mesures pour sortir de la crise

Dans le contexte de la crise sanitaire, de nombreux entrepreneurs ont vu leur carnet de commandes se vider. Les difficultés vécues par les professionnels ont incité la Confédération Construction à les former et à les accompagner afin de les aider à se redresser. L’initiative, baptisée Buildicircular, vise à enseigner les principes de l’économie circulaire en faisant appel à l’économie de fonctionnalité. « Prenons un exemple concret, illustre Laurent Schiltz. Un entrepreneur actif dans le monde des luminaires fonctionne normalement de façon linéaire en vendant une installation, en facturant un certain montant, en espérant que le client soit satisfait et refasse un jour appel à lui. Selon l’économie de la fonctionnalité, on va plutôt parler de puissance lumineuse souhaitée par le client. Le fournisseur propose alors un abonnement annuel avec les dernières technologies – par exemples les leds les plus récents – qui seront plus économiques, plus écologiques, et avec une obsolescence moins rapide. Pour l’entrepreneur, l’avantage est un revenu récurrent, tandis que le client bénéficiera d’un service sur-mesure, de technologies plus économiques et innovantes, et ne devra pas débourser d’un coup une grosse somme pour son installation lumineuse. » La Confédération Construction offre des formations et un accompagnement gratuit aux entreprises souhaitant apprendre les principes de la construction circulaire, afin de les aider à sortir de la crise. Elle peut même se rendre sur chantiers afin de déterminer quels concepts circulaires peuvent être mis en œuvre sur mesure pour l’entreprise concernée. N’hésitez pas à prendre contact en vous rendant sur le site www.buildcircular.brussels !

Infos : www.confederationconstruction.be - www.journeechantiersouverts.be

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