Immobilier virtuel dans le métavers: effet de mode ou réel intérêt d'investissement ?

Investir dans l’immobilier virtuel a le vent en poupe. Mais est-ce une bulle prête à exploser ?

Des biens immobiliers se vendent des centaines de milliers d'euros dans le métavers. Mais est-ce un effet de mode, une "hype" ?
Des biens immobiliers se vendent des centaines de milliers d'euros dans le métavers. Mais est-ce un effet de mode, une "hype" ? ©Shutterstock

Il y a de quoi se torturer les méninges: pourquoi donc investir dans l’immobilier "virtuel", dans des biens présents uniquement dans le "métavers" ?

Car l’utilité première d’un bien immobilier, c’est d’avoir un abri, un toit sur la tête. Et s’il y a une plus-value à la revente, tant mieux. Est-ce dès lors cet aspect spéculatif qui incite à acheter des "briques numériques" ?

Pour Denys Malengreau, expert de l'économie numérique spécialisé dans l'identité numérique, pour comprendre cet engouement, il faut franchir trois étapes. " Il faut comprendre le rapport à l'immatériel, comprendre le nouveau paradigme de la propriété et, enfin, comprendre l'intérêt d'une maison virtuelle ", explique-t-il en introduction.

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" L'idée d'accorder de la valeur à ce qui est intangible ou immatériel peut être difficile à appréhender. En particulier pour les générations les plus âgées. Les digital natives, qui sont nés avec les interfaces numériques, ont plus de facilité s", lance-t-il, expliquant qu'il faut dépasser l'idée que ce qui ne peut être touché n'a pas de valeur.

" Si on vous demandait de supprimer toutes les photos qu'il y a sur votre smartphone sans les avoir copiées ou imprimées, l'accepteriez-vous ?" , demande-t-il, un brin provocateur. " Malgré leur caractère dématérialisé, elles ont de la valeur." Sauf, diriez-vous, qu'elles représentent des expériences vécues dans le "réel", ce qui n'est pas le cas pour une propriété virtuelle…

Une évolution du web

Pour notre observateur, il faut donc préalablement expliquer les bases. Il y a d'abord eu le "web 1", décentralisé, qui allait dans un sens : la consommation passive de contenus. Ensuite, il y a le "web 2", symbolisé par l'avènement des réseaux sociaux et autres plateformes, où les internautes ont pu produire, échanger, via des plateformes plus centralisées mais pas uniquement. Enfin, il y a le "web 3", une évolution des deux mondes, où la propriété numérique est possible, grâce à la blockchain (qui permet de créer des objets numériques uniques, non fongibles comme les NFT - jetons non fongibles -, où les objets authentiques ne sont pas "copiables"). En résumé, et pour ne pas se perdre dans les éléments purement techniques : la possession d'un objet numérique unique est possible. " C'est une capacité technologique dont le symbole est né en 2009 : le bitcoin. C'est un nouveau paradigme de la propriété numérique ", explique-t-il.

" Des billets de banques peuvent être interchangés. La maison de A et la maison de B ne peuvent pas l'être. C'est grâce à cette "non-fongibilité" qu'on peut aller dans l'espace numérique et comprendre que des objets, des œuvres d'art, une maison virtuelle, une paire de chaussures, peuvent être non fongibles. Car ces objets sont liés à un certificat numérique qui garantit leur authenticité ", renchérit-il.

" Le métavers, c'est le moment où l'Internet devient moins plat. Le passage du 2D au 3D", s'enthousiasme-t-il, expliquant que la réalité virtuelle (100 % immersive) ou la réalité augmentée (surcouche par-dessus le monde physique classique) ouvrent un champ des possibles sans précédent .

Mais où est l’intérêt d’une maison virtuelle ?

" On peut imaginer un premier bénéfice, celui de traduire dans le monde virtuel quelque chose de réel. Ce n'est pas une grande nouveauté mais on peut reproduire l'évolution d'un chantier en virtuel. Dassault Systèmes a mis en place un dispositif qui permet de créer, grâce à un scannage par drone du chantier en temps réel ou quasiment, une version dans le métavers, à suivre depuis chez soi. Ce qui permet de visiter le chantier à taille réelle, de discuter avec l'entrepreneur à distance. "

D'accord. Mais des biens 100 % virtuels existent également. " Dans ce cas, on peut imaginer une logique publicitaire. Par exemple, sur un réseau social comme Facebook, on consulte les contenus du fil d'actualité. Facebook, c'est près de 3 milliards d'utilisateurs actuellement. Demain, le Facebook sera dans un univers 3D. Si on a fait l'acquisition dans l'une des grandes plateformes existantes, comme SandBox ou Decentraland, on aura potentiellement pignon sur rue dans l'un des axes qui seront les plus fréquentés par les utilisateurs dans les prochaines années . Ce qui permettra de générer des revenus par l'affichage publicitaire, comme ce que permettaient les bannières au début du web ", avance-t-il.

Une explication intéressante, mais qu'est-ce qui empêcherait de créer un monde parallèle et esquiver ces axes comme bon nous semble ? Il n'y a pas vraiment de limite physique. " C'est un pari à prendre. On peut imaginer que les plateformes connues aujourd'hui seront les plateformes rentables à l'avenir ", affirme-t-il.

Dès lors, comment éviter la hype temporaire, l'effet de mode, les bulles spéculatives prêtes à s'effondrer ? On l'a vu avec des entreprises et sites web très populaires, comme Yahoo, qui ont connu une lourde chute au début de l'Internet grand public. "Il y a effectivement eu des crashes considérables dans la bulle de l'an 2000, mais Google et Amazon en sont sortis. C'est un territoire d'exploration. Pour la maison virtuelle, c'est de l'exploratoire, c'est en phase d'expansion. Il y a les enjeux publicitaires, les enjeux de reventes d'espaces plus chers évidemment et l'expression artistique. Comme pour la Mars House de Krista Kim (maison virtuelle sur la planète Mars vendue pour l'équivalent de plus de 500 000 dollars, NdlR). Cela laisse penser que faire l'acquisition de maisons virtuelles peut avoir de la valeur ", termine le spécialiste, conscient que l'aspect spéculatif joue énormément dans l'engouement actuel. Reste à voir comment évoluera ce "monde" dans le métavers.

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