"Mon objectif n’est pas la spéculation, mais la présence": une agence immobilière bruxelloise se lance dans le métavers

Prendre le train de ces nouveaux univers les yeux fermés, plutôt que de manquer une étape.

Van Campenhout Patrick
"Mon objectif n’est pas la spéculation, mais la présence": une agence immobilière bruxelloise se lance dans le métavers
©Shutterstock

Les pros de l’immobilier, comme les autres acteurs du monde du commerce et des affaires, sont désormais confrontés à un nouveau monde inconnu : le ou les métavers… Que faire face à ce phénomène porté à coups de milliards de dollars par les gros-porteurs du monde technologique aux États-Unis ? Attendre et voir ? Ce serait risquer de louper un train dont on ne connaît ni le trajet, ni la destination. Alors, avec le soutien de pros du secteur du marketing numérique, les initiatives fleurissent au gré des idées de leurs promoteurs. Et elles permettent de se faire une idée du futur de l’immobilier dans ces univers où la brique est pourtant impalpable.

"Impalpable, mais pas invisible", nous explique Patrick Balcaen, le patron de l'agence bruxelloise Immo Balcaen. Tout comme c'est le cas sur les sites Internet actuels, en deux dimensions, les marques sont présentes. Elles investissent pour apparaître, elles séduisent les clients, les attirent vers des zones d'achat, et arrivent à transformer ces investissements en ventes et en bénéfices. Le métavers, c'est la même chose, mais avec une dimension immersive supplémentaire. Ici aussi, dans un univers ludique où le chaland se déplace sous la forme d'un avatar qui lui ressemble (ou pas) et découvre son environnement.

-> Lire aussi: Immobilier dans le métavers, effet de mode ou réel intérêt ?

Cet environnement plus ou moins sophistiqué est comparable à celui des jeux vidéo de type "vue à la première personne" ou en "vision subjective" et permet aux utilisateurs de se balader à leur guise et d’interagir avec les autres visiteurs, ou avec le monde qui les entoure. Et cela, même sans utiliser un casque de réalité virtuelle. Pour acheter des services ou des biens, il faut utiliser une monnaie locale achetée sous forme de cryptomonnaie… avec de l’argent classique. On le voit, la dimension commerciale est bien présente, d’entrée de jeu. Car il s’agit bien d’un jeu pour certains, d’un business pour d’autres.

Patrick Balcaen nous explique, en effet, avoir, dès lors, acquis de telles cryptos sur le site Decentraland, une référence en la matière depuis 2020. Avec ses crédits, des "mana", une cryptomonnaie dont la capitalisation globale avoisine actuellement 1,5 milliard de dollars, il a donc acheté une parcelle de terrain sur ce grand espace virtuel et a reçu, en contrepartie, cet espace et un titre de propriété numérique sous forme d'un NFT (non fungible token). Le contexte de cette opération réunit tous les éléments du métavers : l'environnement numérique géré ici de manière décentralisée selon la technologie de la blockchain, tout comme les cryptomonnaies qui permettent d'acquérir des terrains, et la gestion des droits de propriété sous forme de NFT.

Pas de limites à la création

La valeur de ces espaces ? Une affaire à suivre, mais leur nombre est limité à 90 000, ce qui, potentiellement laisse entrevoir une possibilité de raréfaction de l’espace et une augmentation du prix de marché de ces m2 virtuels. Notons au passage que le Mana, comme le Bitcoin et la plupart des autres cryptomonnaies, n’a pas échappé à la correction spectaculaire de ce marché ces derniers mois.

"Mon objectif n'est pas la spéculation, mais la présence. J'ai mis mon développeur sur ce chantier", nous explique notre interlocuteur, "et je lui ai demandé de me construire un bâtiment sur 4 niveaux, très ouvert avec de grandes baies vitrées. Il n'y a pas de limites à ce que l'on peut créer", explique encore Patrick Balcaen. Ce bâtiment, c'est une agence immobilière (située dans Decentraland au point "-106, -45"), et chacun de ses niveaux accueille une thématique spécifique. "L'accueil au rez-de-chaussée permet au visiteur de savoir qui nous sommes. Au deuxième niveau, nous allons présenter nos biens proposés à la location ; au niveau suivant, les secondes résidences et les biens situés à l'étranger ; et, enfin, au dernier niveau, nous devrions proposer aux candidats acheteurs de visiter des biens en cours de construction, en trois dimensions, évidemment." L'objectif de notre interlocuteur n'est certainement pas de rompre le lien humain. "Au contraire, on veut, ici, faire le lien entre le virtuel et le réel, et garder le contact avec les personnes."

À côté de cette approche, le site immobilier Zimmo a lancé une initiative un peu différente au début de ce mois. Elle est relative à une villa moderne située à Tongres. Et le métavers ? L'acheteur de ce bien fraîchement rénové sera aussi propriétaire d'une villa identique située dans le métavers Decentraland, sous forme d'un NFT. L'intérêt pour l'acheteur ? "La valeur de la villa virtuelle est estimée à 30 000 euros", explique-t-on chez Zimmo. Avec le krach des cryptos, cette valeur a diminué de quelque 15 % depuis début juin. Il sera toutefois possible de la rentabiliser autrement. En la louant, par exemple, à une entreprise désireuse d'y implanter un show-room digital…