Pour les architectes wallons, le secteur de la construction souffre d’évidence d’une inflation de réglementations dont l’accumulation des contraintes pèse sur les prix des logements neufs. Faut-il pour autant sabrer dans ces règles censées améliorer l’habitat ? "Non, la plupart de ces réglementations partent de bonnes idées et sont tout à fait pertinentes. Mais au total, elles influent sur les prix de manière trop importante au vu de la situation actuelle", explique Robert Treselj, président de l’Union wallonne des architectes (UWA). Un impact lié, selon lui, aux normes multiples en matière d’isolation sonore et thermique, ou encore en matière de récupération des eaux usées, de ventilation et autres excellentes idées. "Il y a aussi ici et là des réglementations consécutives au lobby de certains secteurs industriels", rappelle Robert Tresejl.

Impact brutal

Il y a un impact, certes, mais peut-on le quantifier ? "Oui, il y a une quinzaine d’années, la construction d’un bâtiment pesait pour 70 % dans un budget. Actuellement, il ne pèse plus que 55 % !" C’est dire que les réglementations grèvent les prix ? "Oui, mais il faut aussi intégrer dans ce total les prix des terrains. En Wallonie, par exemple, le gouvernement wallon a décidé dans les années ‘90 de geler la construction dans les zones d’expansion d’habitation. Encore une fois, c’était une bonne décision que de prendre le temps de gérer les espaces qui font la richesse de notre région. Mais cela a provoqué sur la durée un décuplement des prix…"

Influences possibles

On voit qu’il y a là deux zones d’influence au sein desquelles le pouvoir politique régional wallon - mais ce serait pareil en Flandre certainement - aurait loisir d’influencer la donne. On parle des prix des terrains à bâtir et sans doute de l’application des normes ? "Oui, il faudrait en tout cas que l’on permette un rééchelonnement de l’application de certaines normes trop coûteuses pour les ménages." Mais la Confédération Construction estimait il y a peu que ces normes constituent des arguments positifs pour l’investissement à long terme des ménages ! "En effet, mais il faut distinguer l’approche d’investissement de celle du besoin de logement des ménages et de leur réalité économique. Actuellement, pour des habitations unifamiliales, on tourne autour d’un prix de 230000 à 250000 euros en Wallonie. Et on voit que les ménages à revenus modestes ne réussissent pas à décrocher un emprunt hypothécaire. Alors que la pression démographique indique des besoins importants de logements neufs à terme." Il y a donc un problème qui dépasse celui de l’offre. "Il y a une vingtaine d’années, on proposait sur le marché des logements neufs au prix d’un loyer. Ce n’est plus du tout le cas, et la réponse à l’expansion démographique ne sera pas trouvée dans la construction de logements sociaux. Enfin, même si les architectes devaient adapter l’offre de bâtiments aux budgets, ils doivent encore tenir compte des contraintes urbanistiques", conclut Robert Treselj.