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La Ville de New York prend des dispositions pour obliger ses gratte-ciel à réduire leur consommation d’énergie.

Qui dit gratte-ciel dit souvent façades de verre scintillant au soleil, lumières à profusion, air conditionné ou chauffage généreux, ascenseurs par dizaines… De quoi consommer un maximum d’énergie et émettre des gaz à effet de serre en quantité. Si les exemples de tours neuves conçues pour économiser l’énergie se sont multipliés à travers le monde - comme le Shard de Londres ou la Shanghai Tower en Chine -, transformer un immeuble imaginé à une époque où personne ne parlait du réchauffement de la planète nécessite souvent des travaux importants et coûteux. 

C’est pourtant ce que vise la loi "Climate Mobilization Act", entérinée fin avril par la Ville de New York dans le cadre de son engagement global à réduire ses émissions de 80 % d’ici 2050. Elle oblige notamment les édifices de plus de 2 300 m² - soit quelque 50 000 bâtiments représentant le tiers des émissions new-yorkaises - à réduire leurs émissions de 40 % d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 2005.

Bien qu’il prévoie des facilités d’emprunts à long terme garantis par la mairie, le texte a été combattu par le secteur immobilier, effrayé par les plus de 4 milliards de dollars de travaux de rénovation qu’il pourrait entraîner selon certaines estimations. Ce qui n’empêche pas certains de se montrer précurseurs. Ainsi de l’Empire State Building, dont le propriétaire a lancé un vaste programme de rénovation de 550 millions de dollars en 2009, ce qui lui a permis de réduire sa consommation d’énergie de plus de 40 %. Plus de 6 500 fenêtres, 3 millions d’ampoules et 67 ascenseurs ont été remplacés ou rénovés pour améliorer l’isolation thermique et réduire la consommation d’électricité du bâtiment. Lequel s’est aussi doté d’un système de gestion d’énergie optimisant constamment sa consommation selon les besoins. Des rénovations amorties en un délai record de… quatre ans.

Un bail vert

Avec ceci que les experts reconnaissent que réduire les émissions est plus facile dans une tour comme l’Empire State que dans les gratte-ciel à façades de verre qui ont proliféré à New York depuis les années 1970. La Trump Tower, tour de 58 étages érigée par Donald Trump sur la 5e Avenue en 1984, en est un exemple, étant aujourd’hui l’un des bâtiments les plus énergivores de la ville.

Reste que même pour ces tours de verre, une transformation énergétique est économiquement rentable à long terme, assure Jacob Corvidae, expert en consommation énergétique des bâtiments pour l’organisation environnementale Rocky Mountain Institute. Une des façons d’amortir le choc est de profiter d’une rénovation majeure - incontournable au bout de 35-40 ans - pour faire des travaux améliorant le bilan énergétique. 

Une autre piste est de promouvoir un nouveau type de "bail vert", par lequel propriétaires et locataires partagent les économies d’énergie réalisées. Une révolution alors que la plupart des propriétaires new-yorkais intègrent actuellement le coût de l’énergie au prix du loyer, privant les locataires de visibilité sur les dépenses réelles.