Robert de Mûelenaere, comment le monde de la construction a-t-il géré la crise sanitaire depuis mars 2020 ?

Contrairement à d’autres secteurs, la construction a pu continuer à travailler. Mais des contraintes ont bien sûr été imposées sur chantier, comme la distanciation sociale de 1,5 m. D’après une enquête, 60% des acteurs n’ont pas rempli leur carnet de commandes comme prévu à cause de la crise. Avant celle-ci, nous avions atteint un record historique avec 6,1 mois de commandes. Or, nous sommes tombés à 5,7 mois. 17% indiquent que le carnet de commandes est nettement moins rempli à presque vide. Ces chiffres ne sont pas anodins, à plus forte raison que 39% ont des problèmes de liquidités (contre 33% pour l’économie globale). La construction a donc trinqué même si le tableau n’est ni noir ni blanc : nous avons, en effet, quand-même pu traverser cette crise. Et nous avons pu maintenir notre capacité de production grâce aux mesures gouvernementales.

Avez-vous noté un regain d’envie de construire ou au contraire une rétractation ? Pour quelles raisons ?

Nous avons noté, pour ce qui est de la construction neuve de logements, une baisse des permis de construire de 3,4% sur les dix premiers mois de 2020. Mais les maisons et les appartements ne sont pas logés à la même enseigne : on a, en effet, constaté une baisse de -9% au niveau des appartements, et une hausse de +5% pour les maisons. La leçon à tirer, c’est qu’il y a eu une mise en veille des projets de développement. En effet, les maisons concernent les particuliers, alors que les appartements sont liés aux développeurs-constructeurs. Les projets ont été reportés, car les promoteurs craignaient de ne pas trouver d’acheteurs ou ont été exposés au retard de la délivrance de permis.

Quelles sont vos projections pour 2021 ?

On s’attend à 1% de hausse en non résidentiel, et à une hausse de la rénovation de 5% (qui a fléchi de 1,3% en 2020). Le génie civil est quant à lui resté stable en 2020, mais nous tablons sur une augmentation de +7% en 2021. La construction présente des perspectives positives en 2021 à plus d’un égard : tout d’abord, les taux d’intérêts sont exceptionnellement bas. Mais cela induit aussi des prix de vente plus élevés : ceux de l’immobilier évoluent d’ailleurs plus vite que ceux de la construction. On observe une augmentation de +3% entre novembre 2019 et novembre 2020. Il est donc aujourd’hui plus intéressant de construire que d’acheter... Deuxième élément positif : le taux de chômage exceptionnellement bas et le plan de relance du gouvernement avec la TVA réduite à 6% pour la démolition/reconstruction sur tout le territoire.

Quelles mesures ont été prises pour pouvoir continuer à travailler dans les meilleures conditions possibles ?

Après le lockdown, un protocole d’accord a été trouvé pour reprendre nos activités en mai 2020 sous certaines conditions. Notamment la distanciation sociale de 1,50 m et le port du masque quand ce n’était pas possible. Les transports collectifs ont, quant à eux, dû être réorganisés avec des cloisons entre les différentes rangées. Pour les travaux de rénovation, lorsque les bâtiments étaient occupés, une régulation des mouvements a été imposée afin que les travailleurs ne croisent pas les habitants.

Le Covid a-t-il modifié les projets de construction ? Si oui, dans quel sens ?

Il y a eu, au niveau des logements, une attraction pour les maisons avec jardin et les appartements avec terrasse, en réponse au confinement et au télétravail. La notion de télétravail a effectué une percée structurelle, et on n’a pas fini d’en entendre parler... Si les logements ont tendance à devenir plus compacts ces dernières années, un habitat plus spacieux est revenu à l’avant-scène. Cela passe notamment par la réhabilitation de l’ancien en ville, plus spacieux que le neuf. Les grands perdants du confinement ont, par contre, été les kots d’étudiants, les maisons de repos, l’hôtellerie, le non-food (à cause de la percée de l’e-commerce) et les bureaux. La logistique a, en revanche, bénéficié indirectement des mesures liées au Covid. La construction n’est jamais que le miroir de la société.

Quels sont les chiffres de la construction en 2020 et les projections pour 2021 ?

En 2020, nous avons connu un recul global de 3,8% (contre 6,2% pour l’ensemble de l’économie). Nous espérons rebondir dans les mêmes proportions en 2021. Si les travaux publics prévus sont effectivement réalisés, nous tablons sur une progression de +4,8% en 2021 contre 5 à 6% pour l’économie globale. Quelques grands projets sont au programme, comme le RER, le tram de Liège, certains investissements publics...

Quelle est votre vision pour le futur ?

Une grosse (r)évolution est prévue dans le secteur de la construction, avec la numérisation. Nos entreprises disposent désormais d’outils numériques pour les aider à préparer leurs projets (avec en première place, le BIM, un outil de partage permettant de travailler en 3D en intégrant les différents acteurs). De nouveaux métiers vont émerger dans le sillage de cette numérisation : imprimeur 3D, manager BIM, pilote de drone... Cela nous aide aussi à nous reprofiler par rapport aux jeunes qui souhaitent faire carrière dans la construction. De multiples voies leur sont désormais ouvertes dans le numérique et la robotique, offrant de plus en plus d’opportunités sur chantier mais aussi dans l’accompagnement des chantiers... Autant d’incitants pour attirer les jeunes dont nous avons ardemment besoin...