Entreprise Malvoyant, Pierre a trouvé un poste de réceptionniste; souffrant de problème de mobilité, Christine travaille dans l’administration,… Si ces personnes ont un handicap, cela ne les a pas empêchés de trouver du travail. Même si ce ne fut pas toujours facile. "Les personnes handicapées sont souvent victimes de préjugés" , constate Emilie De Smet, de l’ASBL Altéo, mouvement social de personnes malades, valides et handicapées.

Les employeurs sont-ils obligés d’engager des personnes handicapées ? Il faut distinguer le secteur public du secteur privé. La fonction publique s’est fixé, en 2005, un objectif de 3 % de personnes handicapées dans son effectif. Tous les services publics ne sont cependant pas concernés par ce quota.

Pour le privé, il n’existe aucun quota. "Il y a eu des tentatives. Et le sujet revient à l’ordre du jour régulièrement , constate Luc Fohal, directeur Emploi à l’Awiph. Mais le problème est qu’il existe d’autres groupes pour lesquels un quota d’emploi serait aussi pertinent, comme les plus âgés, les allochtones,… La plupart des entreprises estiment que cela risque de faire beaucoup."

Des aides

Les entreprises qui engagent des personnes qui éprouvent des difficultés dans leur travail du fait de leur handicap peuvent bénéficier d’aides financières (voir ci-dessous). Celles-ci dépendront de l’entité où se situe l’entreprise. Depuis 1991, cette matière est communautarisée et régionalisée. Ce qui implique qu’il y a des différences entre les quatre entités fédérées. "Mais la philosophie générale reste la même. Il y a juste quelques nuances, notamment dans les montants" , précise Luc Fohal.

Offrir des primes c’est bien, mais encore faut-il que les entreprises et les travailleurs soient au courant qu’elles existent. Et surtout que les personnes concernées aient envie de travailler… " C’est comme dans la vie en général. Certaines personnes sont désireuses de travailler, d’autres non… Mais il est certain que le taux d’emploi des personnes handicapées n’est pas aussi élevé qu’on pourrait le souhaiter" , constate Luc Fohal .

Il n’existe pas de chiffres précis. "Quelque 585 000 Belges sont reconnus comme personnes handicapées , explique André Gubbels, directeur général de la DG Personnes handicapées du SPF Sécurité sociale. Environ 315 000 bénéficient d’une allocation. Celle-ci est donnée à certaines conditions de revenus. Mais cela ne nous dit pas encore le nombre de personnes qui travaillent réellement. Les données sur les enquêtes de forces de travail évoquent le chiffre de 40 % de personnes handicapées qui travaillent." "Il faut voir aussi si les gens s’estiment capables de travailler, note Luc Fohal. La moitié des personnes handicapées sans emploi disent l’être."

"Le handicap est une notion variable et contextuelle. Une personne en chaise roulante peut très bien faire un travail de bureau , note André Gubbels. Le nombre de personnes handicapées et le nombre de personnes qui peuvent travailler sont deux choses différentes."

Certaines personnes considérées comme handicapées travaillent de manière tout à fait normale. " Leur employeur et leurs collègues ne le savent sans doute même pas , raconte Luc Fohal. La perception du handicap est quelque chose de très personnel… C’est quoi en fait être handicapé ?" , s’interroge Luc Fohal. Certaines personnes qui sont en chaise roulante par exemple ne se considèrent pas comme telles; d’autres qui ont, suite à un accident, un léger problème de motricité se considèrent comme gravement handicapées. "La règle de base est… qu’il n’y a pas de règle de base. Deux personnes qui ont le même diagnostic vont vivre des choses très différentes. Le fait de décrocher un emploi ou non dépend aussi de la motivation des gens" , note André Gubbels, qui constate que "trouver un emploi sans avoir de diplôme est de plus en plus difficile. On estime que les personnes handicapées avec un diplôme ont deux fois plus de chance de trouver un emploi qu’une personne qui ne l’est pas sans diplôme" .

Pièges à l’emploi

Luc Fohal évoque aussi le cas de personnes qui deviennent handicapées alors qu’elles avaient déjà un emploi. On estime que 70 à 80 % des personnes handicapées ne le sont pas de naissance. "Après un accident, se pose le problème de la reprise du travail. Parfois, même à capacité réduite, ce travailleur sera plus rentable qu’un nouvel engagé qu’il faudrait encore former. Mais pendant son absence, la personne a peut-être déjà été remplacée…"

Autre obstacle : les pièges à l’emploi. "Les personnes handicapées qui travaillent et gagnent plus de 40 000 euros perdent leurs allocations. Cela peut ne pas les inciter à travailler. D’autant plus qu’avoir un emploi peut générer des coûts supplémentaires, pour se déplacer notamment" , note Emilie De Smet.

Et du côté des entreprises ? Certaines sont très réticentes à l’idée d’engager une personne handicapée; d’autres se sentent investies d’une mission; d’autres encore estiment avoir besoin de ces personnes. "C’est le cas d’IBM, qui trouve qu’il est nécessaire d’avoir dans son personnel des personnes souffrant d’un handicap car il produit du matériel destiné au grand public, ce qui inclut automatiquement des personnes handicapées" , explique Luc Fohal, qui constate encore que "le frein ne vient pas toujours de l’employeur, mais souvent des futurs collègues".