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La fermeture de l’usine de Gosselies par Caterpillar donne-t-elle une mauvaise image des entreprises américaines en Belgique ? Oui, mais cet effet négatif sera de courte durée, selon la Chambre de commerce américaine en Belgique (AmCham).

"Quand de tels événements arrivent, on met toujours au banc des accusés toutes les multinationales, on les diabolise en disant qu’elles ne payent pas d’impôts et traitent mal leurs travailleurs", explique Marcel Claes, le directeur exécutif de la Chambre de commerce qui représente aussi une série d’entreprises internationales non-américaines. "Il faudra quelques semaines avant que les gens ne reviennent à la raison. Cette fermeture est malheureuse mais c’est comme ça. Les entreprises doivent s’adapter au marché et parfois restructurer. Cela se passe partout dans le monde, même en Chine."

"Pas nécessaire de faire comme l’Irlande"

Selon M. Claes, Caterpillar n’est qu’un cas isolé. "On fait un faux procès aux multinationales en oubliant de raconter tout ce qu’elles apportent en Belgique, en termes d’emplois notamment. Sans elles, beaucoup de petites entreprises n’existeraient pas."

D’où l’importance pour la Belgique, selon l’AmCham, de rester attractive pour les multinationales. "Tous ces débats sur le maintien ou pas des intérêts notionnels ( NdlR : système de déduction pour les capitaux à risque) font peur aux investisseurs, développe Howard Liebman, président de l’AmCham. Cela crée de l’incertitude."

D’après lui, la Belgique a tout intérêt à garder ce système fiscal "innovant, intelligent et qui est accepté par la Commission européenne". "Regardez ce qui se passe avec Apple en Irlande quand l’Europe n’est pas d’accord." L’intérêt des notionnels serait, toujours d’après M. Liebman, également d’attirer des sièges sociaux, qui sont "un gage de sécurité" pour le maintien de l’emploi dans un pays.

A choisir, les membres de la Chambre de commerce préféreraient d’ailleurs le maintien de ces intérêts notionnels à une diminution de l’impôt des sociétés, comme le prévoit le gouvernement. "Evidemment, nous plaidons pour avoir les deux, poursuit M. Liebman. Mais rien ne sert non plus pour la Belgique d’arriver à un taux d’imposition à l’irlandaise (NdlR : 12,5 % contre 33,9 % chez nous) . Votre pays a bien d’autres avantages, comme son multilinguisme ou sa localisation pour attirer les entreprises internationales." Selon l’AmCham, le plus important est d’être compétitif par rapport aux pays voisins. "Les Pays-Bas ont un taux d’imposition des sociétés de 25 % par exemple, rappelle M. Liebman. On doit pouvoir y arriver aussi."

S’agrandir mais avec peu d’emplois créés

Car le coût du travail reste le principal frein à l’investissement américain, selon une enquête menée auprès de 123 entreprises, représentant 75 000 emplois, membres de l’AmCham (voir infographie) "Même avec le récent tax shift, le coût du travail reste 10 % plus élevé en Belgique par rapport à ses voisins, dixit le président. Les autres pays avancent aussi dans leurs réformes fiscales."

Il n’empêche. D’après l’enquête, les entreprises américaines sont deux fois plus enclines à investir dans notre pays qu’il y a deux ans. Plus de la moitié d’entre elles s’attendent à y investir dans les trois ans, pour 24 % en 2014. Cependant, les créations d’emplois devraient rester limitées. Seuls 4,4 % des répondants envisagent de créer plus de 50 jobs, quand 55,5 % d’entre eux s’attendent à une création limitée.

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