Entreprise

Quelles actions survivent à la chute dramatique des cours de Bourse à Bruxelles ? Dans le Bel 20, si l'on excepte les titres du groupe de distribution flamand Colruyt, destiné à un public de consommateurs attentifs aux prix, personne. Et même Colruyt souffre depuis le début de cette année, même si ce vendredi, son score annuel reste positif. Le groupe de distribution bien géré, bénéficie de la présence du management historique dans le capital, et d'une conjonction économique qui met sa politique commerciale en adéquation avec une demande de marché limitée par les craintes liées à la récession.

Le bébé et l'eau du bain

Mais il n'en faudrait pas beaucoup pour que ces titres aussi passent dans le rouge. Pourquoi ? Parce que les opérateurs institutionnels, les gros-porteurs de notre marché, ne passent pas globalement des ordres sur un ou deux titres, mais surtout sur des "paniers" des plus belles valeurs de notre marché, ce que l'on appelle à Bruxelles, des Belix ? Quand on achète ou quand on vend un Belix, on achète en fait une réplique de la composition du Bel 20. Et, lorsque, comme c'est le cas actuellement, on lâche du lest pour débloquer la situation d'un fonds ou d'une compagnie d'assurance en mal de liquidités, on vend tout ce qu'il y a dans l'indice, y compris, 108 Colruyt par Belix... On jette en quelque sorte, le bébé avec l'eau du bain. C'est irrationnel si l'on sait que dans ce même panier d'actions, il y a des Fortis Group dont le gestionnaire ne sait que faire et des GDF Suez dont les résultats à venir ne devraient pas être affectés outre mesure par le ralentissement économique. Voilà pour expliquer la déprime "technique" de valeurs de qualité. Il y a là une poche d'inefficience des marchés qui devrait tendre à se résorber dans un environnement économique plus détendu. C'est le postulat du financier américain Warren Buffet qui a assuré hier que les temps étaient venus de refaire le plein d'actions d'entreprises américaines cotées survendues de manière irrationnelle par les investisseurs institutionnels. Bon, et le Bel 20 dans tout ça ? Il a perdu l'essentiel de son poids sur le mois écoulé. Et cela, en raison de la chute des valeurs financières. C'est le cas depuis le début de la vie de cet indice. Depuis 1990, il paie cher la surpondération des valeurs financières dans sa composition à chaque coup de mou du marché. Cette année, Fortis a perdu 95 pc, Dexia 72 pc et KBC 64 pc, et ici, on le sait, le dernier mois a été déterminant (voir ci-contre).

Matières premières en cause

Mais dans ce classement mensuel, on trouve aussi des valeurs intimement liées aux prix des matières premières, qui ont reflué dernièrement, les spéculateurs anticipant une baisse de la demande à cause de la récession qui s'annonce. Nyrstar et Umicore figurent donc logiquement en queue de peloton. On trouve ensuite quelques valeurs qui ne peuvent que reculer en cas de basse conjoncture. A noter la baisse de GDF Suez qui subit le repli des prix énergétiques. Il y a là une bonne partie de l'explication de la méforme du Bel 20 puisque GDF Suez est en première place dans la pondération de l'indice, avec... Fortis. Un peu plus haut dans le tableau, les holdings limitent les dégâts grâce à leur diversification mais ne peuvent prétendre pour autant échapper à la tendance générale. Les rares actions à tirer leur épingle du jeu, que ce soit à court ou à long terme, sont celles des secteurs de la distribution et des télécommunications. Delhaize souffre toutefois de son exposition au marché américain, tandis que Colruyt profite de sa réputation de prix bas à la clientèle en cette période difficile.

P.V.C. et Ph.G.