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Rebondissement dans le dossier lié à l'installation de Ryanair à l'aéroport de Charleroi. En effet, selon nos informations, la juge d'instruction France Baeckeland vient d'inculper cinq anciens administrateurs de Promocy, du nom de cette société conjointe créée en 2001 par la compagnie aérienne irlandaise à bas tarifs et BSCA, la société gestionnaire de l'aéroport carolo. Sont visés par l'inculpation, en leur qualité d'administrateurs de Promocy, Laurent Jossart, ex-administrateur délégué, et Pierre Fernémont, ex-porte-parole de BSCA; Alain Belot, directeur général à la Société wallonne des aéroports (Sowaer); ainsi que deux responsables de Ryanair, Michael Cawley et Bernard Berger, respectivement numéros 2 et 3 de la compagnie aérienne.

Tous les cinq sont inculpés de faux en écriture, faux et usage de faux pour avoir validé des factures de publicité, sans prestations, pour le compte de "Leading Verge", une société de Ryanair dont le siège est à l'île de Man. "Leading Verge" gère notamment le site Internet de Ryanair et est d'ailleurs consolidée dans les comptes de Ryanair. Promocy était financée conjointement par la compagnie aérienne et BSCA à raison d'une contribution de 4 € par passager versée par chacun des partenaires. Son objet social est la promotion de l'aéroport et des lignes ouvertes par Ryanair au départ de Charleroi. Elle avait un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros, finançant les connexions au site Internet de Ryanair (environ 2,5 millions) et les billets gratuits de Ryanair à raison de 30 pc (3 millions d'euros).

"J'ai toujours trouvé que le montage de Promocy n'était pas idoine et l'ai dénoncé en tant que parlementaire wallon et lorsque je suis devenu ministre régional en charge de la Politique aéroportuaire. J'ai d'ailleurs demandé sa suppression en 2004 suite à la décision de la Commission européenne condamnant Ryanair à reverser des aides indûment perçues à Charleroi", nous a confié hier en réaction le ministre wallon André Antoine (CDH).

Solde de 140 000 euros

En effet, lorsqu'elle avait condamné Ryanair en février 2004, la Commission européenne avait validé le montage Promocy mais en le limitant dans le temps (5 ans). Le système devait s'éteindre en 2006, ce qui avait été fait en avril, mais Promocy n'avait pas été liquidée. Elle était juste mise en veilleuse pour des raisons fiscales et, aujourd'hui, elle affiche sur ses comptes un solde de 140 000 euros.

Surpris, certains des inculpés se défendent de toute malversation et soutiennent que tout a été fait dans la transparence. "Il y a un contrat entre Promocy et Leading Verge qui définit bien les prestations de cette dernière. Le système a été validé par la Commission européenne", nous a confié un des inculpés.

C'est en 2005 que la justice carolo s'était emparée du dossier Promocy. Des enquêteurs avaient entendu tous les protagonistes du dossier. Aujourd'hui, leur inculpation apparaît comme un désaveu du système cautionné par Serge Kubla (MR), ancien ministre wallon en charge de la Politique aéroportuaire. "Je n'ai rien à me reprocher. Promocy a été mise en place sur proposition de Ryanair et de nos avocats. Le système a été étudié à fond par le fisc et un bureau de consultance. Quant à sa gestion, je n'y suis pas impliqué et je ne sais pas ce que les responsables ont fait", nous a rétorqué Serge Kubla. Quant à la question de savoir si ce rebondissement ne risque pas de freiner Ryanair dans son développement à Charleroi, André Antoine répond : "J'ai toujours expliqué à Ryanair qu'il y avait la séparation des pouvoirs. C'est à la compagnie d'expliquer pourquoi elle a participé à ce montage et comment ses responsables se sont comportés."