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Quelle mouche a donc piqué les Américains?

Au moment où l'Organisation mondiale de commerce et les Européens réclament la suppression des surtaxes US sur l'acier (qui font l'objet de notre dossier cette semaine), les Etats-Unis ouvrent la voie à l'imposition de quotas sur les produits textiles chinois, sous prétexte que l'industrie nationale souffre d'importations massives et à bon marché en provenance de Pékin.

Et George W. Bush, la main sur le coeur, se dit «très attaché au libre-échange» et «à l'application des règles commerciales»...

Ce petit jeu est très dangereux. Il risque de creuser à nouveau le déficit commercial américain, de provoquer un effondrement du dollar par rapport à l'euro et au yen, d'inhiber le commerce international et de replonger l'économie mondiale dans une crise dont elle se passerait volontiers.

Pas surprenant que la démarche des Etats-Unis provoque une levée de boucliers générale. Jusqu'à la Réserve fédérale des Etats-Unis, dont le président, Alan Greenspan, a jugé «impératif de faire échec à la montée du protectionnisme avant qu'elle ne nuise à la mondialisation».

Ce repli sur soi forcené est dicté par des mobiles exclusivement politiques. Tous les coups sont permis à l'approche des élections de 2004.

En protégeant des outils sidérurgiques obsolètes, le président américain veut faire croire qu'il «sauve» des emplois.

En frappant le textile chinois, il fait un «cadeau» aux industriels du Sud qui auraient perdu 300000 postes de travail à cause de l'empire du milieu.

Ce mélange peu ragoûtant d'économie et de politique a tout pour déplaire. Ce n'est pas au moment où la Chine apparaît comme l'un des principaux moteurs de la croissance économique mondiale convalescente qu'il faut relancer des hostilités commerciales d'un autre âge et organiser une forme puérile de protection rapprochée. Que Bush ne répugne pas à la guerre, il l'a prouvé, hélas, mais de là à ce qu'il torpille cette fois la reprise...

© La Libre Belgique 2003