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Mépris, lâcheté, manque de respect. L’unanimité s’est rapidement tissée hier autour de ces mots en commission Affaires sociales/Economie de la Chambre. La veille, la direction de Caterpillar avait décliné l’invitation du Parlement à venir s’expliquer après l’annonce de la fermeture du site de Gosselies. Raison invoquée : la législation belge (lire ci-contre). Peu de monde pour y croire.

"Ils n’assument pas, ils se défilent", a fustigé Denis Ducarme pour le MR, suivi par son partenaire fédéral de la N-VA. Cette fermeture est une gifle pour des milliers de familles, a indiqué la députée Zuhal Demir avant de tirer son chapeau (sic) aux travailleurs de Gosselies pour les efforts consentis par le personnel en matière de productivité depuis 2013. "C’est tout simplement honteux", a-t-elle conclu alors qu’on n’attendait pas forcément son parti dans un tel registre.

La commission conjointe n’a donc entendu que les représentants syndicaux de l’usine en sursis. Objectif : éclairer les débats politiques qui détermineront les mesures visant à limiter la casse de 7 000 emplois directs et indirects que pourrait occasionner le départ du géant étasunien des machines de chantier.

"On parle de la dignité des travailleurs, mais la dignité c’est aussi d’avoir un travail", a d’abord rappelé Antonio Cociolo (FGTB). "Il va falloir réfléchir à comment créer des emplois stables dans ce pays." En attendant, FGTB, CSC et CGSLB demandent que des mesures fortes soient prises alors que la dernière restructuration a réduit à très peu les travailleurs pouvant prétendre au successeur des prépensions (RCC). Une des mesures exceptionnelles demandées par les syndicats est de diminuer l’âge du RCC actuellement de 52,5 ans. Une mesure comparable à l’abaissement de l’âge des prépensions décidé lors de la fermeture de Ford Genk. Les syndicats ont insisté sur l’importance de maintenir l’outil industriel en l’état alors que la direction est aux abonnés absents.

Une directive européenne favorable ?

Le politique a voulu donner le change en suggérant des pistes afin d’exercer quelque pression sur Caterpillar. Ainsi, Olivier Chastel (président du MR) a-t-il proposé aux syndicats d’étudier la loi de 2009 sur la continuité des entreprises afin d’éventuellement saisir le tribunal de Commerce. Catherine Fonck (CDH) invoque, quant à elle, une directive européenne imposant le maintien des droits des travailleurs en cas de transfert de certaines activités (à Grenoble en l’occurrence). "Pour moi, Caterpillar viole cette directive, qui est transposée dans le droit belge et qui pourrait s’avérer un levier utile lorsque les négociations auront démarré", indique la députée. Elle évoque des sanctions financières importantes en faveur des travailleurs.

Jean-Marc Nollet (Ecolo) a, quant à lui, intimé la majorité fédérale, et surtout le MR, à renoncer à réformer la loi Renault pour la rendre plus souple. "C’est au pied du mur qu’on voit le maçon", a résumé Eric Massin (PS) qui, lui aussi, attend le gouvernement sur des actes concrets.M. Co.