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Il n’existait pas d’étude cartographiant la manière dont l’industrie wallonne résiste à la crise, fait face notamment à la concurrence internationale et qui offrirait une vision stratégique intégrée.

C’est désormais chose faite : le SPW-DG Economie, emploi et recherche a commandé un rapport sur la caractérisation des relations interindustrielles en Wallonie et sur le positionnement de l’industrie wallonne au sein des chaînes de valeurs mondiales. Il a été présenté lundi, lors d’un séminaire à Liège.

Par “chaîne de valeurs”, on entend “la gamme complète d’activités nécessaires pour faire passer un produit ou un service du stade de la conception et de la production jusqu’à celui de la livraison aux consommateurs finaux puis à celui de son élimination définitive, y compris opérations de recyclage”. L’analyse des chaînes de valeurs a permis de mettre en avant la façon dont l’industrie wallonne s’insère dans les chaînes de valeur internationales, la mesure dans laquelle elle est exposée aux échanges internationaux ainsi que le degré d’ancrage régional de ses secteurs.

“Cette étude nous donne un cadre méthodologique pour analyser plus en détail trois branches sur les huit secteurs de spécialisation industrielle de la Wallonie : l’industrie chimique de base, c’est-à-dire sans la pharmacie, le secteur des machines agricoles et celui des moteurs d’éoliennes , indique Daniel Collet, inspecteur général au DGO 6 (département de la Compétitivité et de l’Innovation). “L’objet de cette étude est d’anticiper les problèmes, de positionner le secteur industriel wallon par rapport à l’industrie européenne. Nos points forts restent l’exportation et le fait que la majorité de la valeur ajoutée intermédiaire que l’on produit pour nos entreprises vient des services, qu’il faut donc développer davantage”, ajoute-t-il.

Ce rapport a permis de tirer des conclusions au sujet de la position concurrentielle des trois secteurs d’activité particulièrement étudiés. “La Wallonie offre un environnement relativement favorable pour la chaîne de valeur de l’industrie des machines et équipements de production d’énergie. La capacité de réaction des stratégies d’entreprise œuvre en faveur de la chaîne de valeur, d’autant plus qu’elle lui permet de réagir aux opportunités offertes par les réglementations environnementales et la campagne continue en faveur d’une réduction des émissions de CO2”, notent les auteurs. Seul bémol : la limitation de la masse critique et la difficulté de l’accès au financement qui pourraient freiner le développement du secteur.

Le bilan de la chaîne de valeur de l’industrie des machines agricoles est un peu moins bon. Si elle a réussi à concevoir des modèles d’entreprise adaptables portant notamment sur des produits et services à la pointe de la technologie, elle fait face à plusieurs obstacles à sa croissance : la limitation de la masse critique, le coût de la main-d’œuvre, le degré de concurrence exercé par les producteurs haut de gamme et à bas coût, le côté cyclique du marché et le coût des matériaux.

L’industrie chimique en danger

“La chaîne de valeur de l’industrie chimique présente un certain nombre facteurs critiques qui, pris ensemble, fait peser un risque majeur sur la viabilité de la chaîne de valeur actuelle”, relève-t-on dans l’étude. Cette chaîne de valeur est sensible aux chocs économiques et n’est pas jugée très réactive quant à son adaptabilité aux stratégies d’entreprise. Cela s’explique en partie par l’importance des coûts non récupérables. La délocalisation est donc une préoccupation immédiate. A cet égard, on peut douter que les points forts traditionnels (qualité des infrastructures, accès aux marchés de l’UE et proximité des installations de recherche) suffiront à résoudre le problème.”