Entreprise

Plus de 2 500 Belges ont débuté, en 2014, une activité d’indépendant une fois pensionnés. Ils n’étaient que 1 605 en 2010, selon les chiffres de l’Inasti. L’âge moyen de ces entrepreneurs : 66 ans et sept mois pour les hommes.

Travailler plus longtemps semble être une solution pour répondre aux craintes financières.

Ainsi, selon une étude de Delta Lloyd Life menée auprès de 1 000 travailleurs de 18 à 65 ans, 56 % des Belges actifs se font du souci pour leur future situation financière une fois qu’ils auront atteint l’âge de la pension. Quelque 73 % s’attendent à ce que les pouvoirs publics touchent encore à la sécurité sociale et seuls 21 % pensent que l’Etat pourra encore payer les pensions à l’avenir.

Si 77 % des sondés disent vouloir se lancer comme indépendants pour améliorer leur situation financière, des motivations sociales les poussent aussi à faire le pas : rester actif (89 %), garder des contacts sociaux (78 %), se sentir utile (76 %), aider les gens (70 %), relever un défi (69 %) ou encore sortir de chez soi (65 %).

Mais entre l’envie et le passage à l’acte, il y a tout un chemin. L’enquête montre que si 32 % des sondés ont une idée, 25 % ont envie de concrétiser cette idée en lançant leur propre affaire, mais seuls 4 % le font effectivement.

Les raisons sont nombreuses. Les obstacles sont notamment financiers. Quelque 60 % déclarent ne pas vouloir faire d’investissements ou prendre un risque financier; 56 % n’ont pas envie de payer des cotisations sociales sans contrepartie; 56 % sont effrayés par les charges administratives; 48 % ont peur de la pression psychologique et de l’échec; 44 % se posent des questions quant à leur santé.

L’enquête montre également que 60 % craignent de perdre (partiellement) leur pension légale et 51 % leur protection sociale. "Ces craintes sont pourtant totalement infondées , explique Annelore Van Herreweghe, porte-parole de Delta Lloyd Life. Depuis le 1er janvier 2015, les pensionnés de 65 ans et plus ou comptant une carrière d’au moins quarante-cinq ans peuvent travailler sans limite de revenus. Et ce tout en conservant le statut de travailleur pensionné, avec tous les droits acquis qui en découlent. Ce serait dommage que ces mauvaises raisons empêchent les gens de réaliser leurs rêves."


"Je travaille à mon rythme"

Passion. Ancien professeur de religion et éducateur, Jean-Pierre François a pris sa pension en 2013, à 61 ans. Mais cela ne l’a pas empêché de continuer à travailler, mais pour une passion : les bougies. "Avant d’être pensionné, j’avais déjà commencé à faire des bougies, comme activité complémentaire", précise ce Verviétois, qui estime qu’à son "âge on est encore en forme. Je continue à travailler à mon rythme, suivant les commandes que j’ai. Je ne souhaitais pas une activité à plein-temps. Et puis ici je fais quelque chose que j’aime. Rien ne m’est imposé."

Sous le nom Bougaya, Jean-Pierre François vend ses bougies sur les marchés essentiellement et réalise également quelques commandes pour des particuliers ou des magasins. "Tout est artisanal et est réalisé en petite quantité." Il organise également des ateliers de recyclage d’anciennes bougies. "Les gens viennent chez moi avec des restes de bougies et je leur montre comment les récupérer pour en créer de nouvelles."


"Continuer à avoir une vie sociale"

Choix. C’est un petit peu de Provence qu’Emiel Knaepen a recréé du côté d’Hasselt. Sur 4 ha, il cultive de la lavande et vend, dans son magasin, des produits dérivés : liqueur, gel douche, chocolat, biscuits,… "Je travaille avec différents producteurs qui utilisent ma lavande comme matière première et mes recettes. Je vends également des produits que j’importe de Provence, comme de la tapenade par exemple" , explique cet entrepreneur de 66 ans.

Si Emiel Knaepen s’est intéressé à la lavande, c’est un peu par hasard. "En 1996, j’ai acheté un terrain. Je me suis demandé ce que j’allais y planter. J’ai alors suivi une formation en cours du soir en herboristerie pour avoir quelques idées" , explique cet ancien entrepreneur actif dans le bâtiment, et plus particulièrement dans l’enduit de façade.

Ce qui était un hobby est devenu un deuxième métier. "Quand j’ai arrêté de travailler, je ne voulais pas spécialement recommencer autre chose. C’est venu un peu comme cela. J’avais envie de rester actif et de rencontrer des gens."

Dans son entreprise Limburg Lavendel, constituée en ASBL, il travaille avec des bénévoles et quelques indépendants. "Ces derniers pour la taille entre autres. Le travail est très saisonnier. Nous ne sommes pas ouverts tout le temps. C’est plus calme en hiver. J’ai d’autres activités alors. Je m’occupe, notamment, via une autre société, de l’entretien et des réparations des bâtiments pour mes clients de l’époque."