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Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, est plutôt pessimiste. L’année 2012 se clôturera par une croissance négative (-0,2 %) du produit intérieur brut (PIB) et pour 2013, il ne faut guère espérer mieux qu’une croissance stabilisée aux alentours de zéro pour cent, avec tout ce que cela implique. A commencer par un sérieux problème sur le plan budgétaire, car Luc Coene estime que les mesures budgétaires adoptées en novembre par le gouvernement belge ne seront "probablement pas suffisantes pour atteindre l’objectif du programme de stabilité". Une croissance plus faible implique des recettes moindres de sorte que l’Etat fédéral et les entités fédérées devraient se partager un effort supplémentaire de l’ordre de 0,6 % du PIB, soit quelque 2 milliards d’euros. Ce à quoi le ministre du Budget, Olivier Chastel, a aussitôt réagi en annonçant un contrôle budgétaire dès le début 2013, un monitoring permanent et un gel des dépenses, pour se constituer de quoi faire face aux caprices de la conjoncture.

Reprise graduelle au printemps

La Belgique perdra encore 15 000 emplois l’an prochain (-4 600 en 2012) et le chômage devra repasser au-dessus de la barre des 8 %. Seul point positif : l’inflation qui s’était tendue à 2,6 % reviendrait à 1,6 %. Les prévisions de la BNB sont globalement plus pessimistes que celles de la Commission européenne notamment. Celle-ci prévoyait un redémarrage dès la fin 2012 et une accélération en 2013. Par contre, la Banque nationale estime que le premier trimestre 2013 sera encore très déprimé. "Les prévisions de la banque font état d’une reprise graduelle seulement à partir du printemps 2013", insiste Luc Coene, selon qui "la Commission a probablement tablé sur le fait que l’Europe aurait pris, avant fin 2012, des mesures courageuses pour stimuler la croissance". Mais il n’en a rien été et dès lors, la banque retient la baisse du baromètre de confiance des entrepreneurs et des consommateurs, une baisse qui s’est encore accélérée au moment de l’annonce de la fermeture de Ford Genk.

Autant dire que la Belgique entamera 2013 avec un sérieux handicap puisque la Banque natinale estime qu’elle passera le reste de l’année à compenser le recul des premiers mois pour se retrouver finalement au niveau zéro.

La BNB souligne aussi une différence fondamentale avec la situation de 2011. La reprise avait alors été "drivée" tant par les exportations que par la demande intérieure. "Cette situation devrait s’inverser en 2012 et 2013. Au cours de ces deux années, l’évolution du PIB ne serait plus soutenue que par la contribution extérieure, la demande intérieure affichant un net repli, à l’exception des dépenses publiques."

La banque estime en effet que la baisse des dépenses des ménages va se prolonger en 2013, tablant au mieux sur une stagnation : "L’inquiétude entachant leurs perspectives de revenus à court et à moyen termes, que ce soient les revenus du travail ou ceux de la propriété, amoindris par le bas niveau des taux d’intérêt et les faibles rendements financiers, incite les ménages à mettre le frein sur leurs dépenses", souligne la banque. Mais celle-ci constate pourtant que le taux d’épargne de ces mêmes ménages progressera encore de 14,1 % en 2011 à 14,9 % en 2012 et à 15,7 % du revenu disponible en 2013 : ce mouvement suggère que "les ménages augmenteraient encore leur épargne de précaution", note le gouverneur.

Ces prévisions ne sont évidemment pas totalement garanties. Et la banque évoque ce qu’elle appelle les "risques entourant les projections". Parmi ceux-ci, on trouve le fameux mur budgétaire américain ou la prolongation de la crise de la zone euro